Le canton de Vaud vient au secours de ses PME industrielles

Franc fort Une somme de 17,5 millions de francs va être utilisée pour cautionner, financer, voire sauver des entreprises et des sous-traitants

Le conseiller d’Etat Philippe Leuba l’affirme: à l’exception de l’accès facilité au chômage partiel décrété par le Conseil fédéral, dans la foulée de l’abandon du taux plancher par la BNS, le canton de Vaud est le premier à agir concrètement pour aider les entreprises à affronter le franc fort.

Lundi, le chef du Département de l’économie et du sport (DECS) a profité du bilan de la promotion économique vaudoise pour présenter le nouveau fonds de soutien à l’industrie. Un pécule de 17,5 millions de francs qui servira à aider, peut-être à sauver, des PME et des sous-traitants empêchés d’investir en raison du franc fort.

Cette somme est le reliquat des 75 millions de francs débloqués par le canton en 2012 pour soutenir l’innovation et l’industrie. «C’est une bonne et courageuse décision», réagit François Schoch, président du Groupement suisse de l’industrie mécanique (GIM-CH), qui représente 200 PME romandes et qui militait pour un tel fonds depuis fin 2011. «Le besoin pour ce type d’aides est réel. Ce fond sera très utile pour faire baisser le coût des crédits, donc des investissements», ajoute celui qui est aussi directeur général de First Industries, un petit groupe industriel basé à Crissier et actif dans le traitement de surface. Le franc fort et les pressions immédiates des clients de sous-traitants (rabais, paiement en euros…) se sont ajoutés à «une succession de crises qui ont amoché les trésoreries» des PME.

Un signal fort et trop rare

François Schoch ne s’attend pas à une ruée généralisée vers les autorités vaudoises. Reste que «c’est un signal fort envers les milieux industriels, se félicite-t-il. Nous en manquions un peu, depuis un certain temps.»

C’est un fait statistique. L’importance de l’industrie dans l’économie vaudoise est en baisse. Le secteur n’a pas vraiment détruit des emplois, insiste Lionel Eperon, le chef du Service de la promotion économique et du commerce, mais la proportion des emplois industriels diminue, au fil des ans, au fur et à mesure que les services gagnent du terrain. De 32% en 1985, elle plafonne aujourd’hui à 18% du total des places de travail.

Ce montant de 17,5 millions sera-t-il suffisant pour relancer la machine? Philippe Leuba positive parce qu’il a confiance en la capacité d’adaptation des PME vaudoises et suisses face à la force du franc. Et parce que les prêts octroyés seront remboursés et que seules les aides à fonds perdu entameront véritablement la cagnotte. Et, finalement, parce qu’en fonction de l’efficacité du programme et des besoins futurs, une extension n’est pas exclue.

En l’état, pour la période 2015 à 2017, les autorités vaudoises s’attendent à cautionner 40 crédits bancaires, à octroyer une vingtaine de prêts et à distribuer 50 à 60 aides à fonds perdu. La distribution débutera au plus tôt à la fin de l’année. Lorsque, si tout va bien, le Grand Conseil aura validé le décret du Conseil d’Etat. Avant cette échéance, aucune aide ne sera octroyée.

Mais Lionel Eperon n’est pas dupe. Il s’attend à recevoir rapidement des demandes. «Nous ne ferons aucune promesse», tranche-t-il, avant de préciser que «l’effet de levier potentiel de notre aide sera le critère le plus important». Par conséquent, «si un projet vraiment porteur nous parvient, l’examen peut très bien débuter avant décembre.»