La Suisse aime à rappeler qu’elle est régulièrement désignée championne du monde de l’innovation. Durant les dernières crises, elle a veillé à soutenir avec modération son écurie de course pour que celle-ci entretienne sa capacité à se démarquer face à une concurrence féroce. En 2011, puis en 2015, la force du franc a par exemple poussé le Conseil fédéral à prendre des mesures spécifiques pour inciter les entreprises à développer de nouveaux produits et services, mais aussi à améliorer leurs procédés de fabrication.

Via l’agence fédérale Innosuisse, PME et start-up pouvaient bénéficier de soutien sans devoir mettre la main au portemonnaie, alors qu’elles doivent normalement payer en espèces 10% de la contribution étatique. Lors de la dernière initiative de ce type, 100 millions de francs avaient été débloqués à cet effet.

Il faudra qu’Innosuisse vienne avec des initiatives particulières pour donner de l’oxygène à ces entreprises

Mario El-Khoury, directeur du CSEM

Montants considérables

En mai, le groupe parlementaire PLR a déposé une motion pour réactiver cette forme de soutien. Dans sa prise de position datée du mois d’août, le Conseil fédéral recommande d’y renoncer. Il invoque notamment les montants considérables qui ont déjà été injectés dans l’économie depuis mars.

Interrogé lors des journées du numérique, Mario El-Khoury, directeur du CSEM sur le départ, a remis la compresse mardi, ne cachant pas son inquiétude pour des PME qui, accaparées par les problèmes de gestion liés à la pandémie, risquent de délaisser la recherche et le développement (R&D): «Il faudra qu’Innosuisse vienne avec des initiatives particulières pour leur donner de l’oxygène. Sinon, on va perdre beaucoup sur le long terme», a-t-il insisté.

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Selon le directeur du centre de recherche technologique neuchâtelois, il faudra aller plus loin que ce qui a été fait jusqu’à présent. Accepter notamment que les entreprises puissent bénéficier de soutiens fédéraux sans devoir s’associer à un partenaire de recherche institutionnel, comme c’est le cas à l’heure actuelle.

«Marge de manœuvre très faible»

Une partie du chemin est déjà faite puisque le Conseil national a accepté l’an dernier une motion qui va dans ce sens. «Le problème, observe le conseiller national PLR bernois Christian Wasserfallen, c’est qu’il faut changer la base légale. La marge de manœuvre est très faible, car la Confédération ne peut pas soutenir directement du développement. Il faudra donc établir que l’entreprise fait de la recherche, une activité plus risquée qui peut être soutenue puisqu’elle n’est pas sûre d’aboutir à un résultat sur le marché.»

il ne devrait exister aucun obstacle à la définition de domaines d’importance stratégique

Patrick Linder, directeur de la Chambre d’économie publique du Jura bernois

Autre mesure brandie depuis quelques années: l’assouplissement des conditions d’octroi du chômage partiel. Les entreprises pourraient laisser leurs équipes de R&D travailler tout en bénéficiant de cette manne. «Nous avons malheureusement constaté qu’il y avait une opposition idéologique à un tel principe, relève Patrick Linder, directeur de la Chambre d’économie publique du Jura bernois, qui avait poussé cette proposition en 2015 déjà. Selon moi, il ne devrait exister aucun obstacle à la définition de domaines d’importance stratégique pour un pays.»

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Une autre voie

Le soutien fédéral tardant à arriver, la collaboration entre sociétés représente une autre voie sous-exploitée pour minimiser les coûts de l’innovation. Egalement présente à la table ronde des journées numériques, la PME vaudoise Plumettaz, active dans l’industrie des machines, s’est associée à des pairs pour développer une plateforme dédiée à l’internet des objets.

Conscient de ce potentiel, le canton de Vaud a créé un fonds de 50 millions de francs pour soutenir de telles initiatives. Lancée avant la crise, l’idée a passé en septembre la rampe du Grand Conseil pour offrir un peu de cet air frais dont PME et start-up vont avoir grand besoin ces prochains mois.

De quoi inspirer peut-être la Confédération si elle souhaite assurer les emplois de demain et rester à la pointe de l’innovation.

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