Opinion

«La capitalisation améliore les retraites et contribue au financement de l’économie»

OPINION. Il est possible et il est temps d’innover pour apporter une réponse structurée et de long terme au défi du financement des retraites en France, affirme Lionel Paquin, CEO, Lyxor Asset Management

En matière de financement des retraites, la France ne peut plus se permettre d’employer des recettes qui ont depuis longtemps déjà montré leurs limites. Le pays a besoin de solutions structurelles, qui dépassent les mécanismes habituels jouant sur le niveau des pensions et sur l’âge du départ en retraite.

Il souffre d’une faiblesse coupable pour les placements sans risque rémunérés plus que l’inflation, dont les taux toujours historiquement bas menacent la soutenabilité. Cette «addiction» à l’épargne réglementée a évincé la culture financière en France, presque anesthésié l’épargnant.

Il existe aussi une aliénation aux carcans du système public pour la gestion des fonds de retraites, lestés d’une gouvernance peu agile et surtout inadaptée aux exigences d’une gestion moderne et performante, de l’aveu même de leurs responsables. Et pour des raisons d’affichage politique enfin, les systèmes publics se voient trop souvent refuser l’accès à certains instruments ou méthodes qui sont le b.a.-ba de la boîte à outils de tout gestionnaire d’actifs, de tant de régimes publics étrangers ou encore de régimes complémentaires privés. Quel est le problème posé par une vente à terme ou un produit dérivé quand ils visent à couvrir des risques?

«Répartition ou capitalisation», c’est mal poser le débat

Financées par la population active courante ou «provisionnées» au long d’une vie, plus ou moins garanties, les retraites posent fondamentalement un défi financier déjà bien connu des professionnels: celui de l’adossement entre des ressources (prélevées sur la richesse nationale) et des engagements (les prestations servies). Quel que soit le modèle social que l’on se donne, la question réside tout entière dans la mesure permanente des risques du dispositif (démographiques, financiers) et dans l’optimisation, à niveau de risque choisi, des investissements nécessaires au paiement des retraites.

A défaut d’assumer ce cadre, de l’expliquer à tous et d’y répondre avec tous les outils disponibles, le système français reste vulnérable à des chocs ou ajustements brutaux – financiers, démographiques ou politiques – qui en exposent déjà les limites ou pire, en provoqueront la faillite.

D’abord, l’éducation financière

Peu comprennent que la contrepartie d’une performance financière est nécessairement un risque ou, en d’autres termes, qu’il faut savoir activement décider du niveau de risque financier pris selon les objectifs poursuivis. L’éducation des Français à une prise de risque raisonnée est donc cruciale: l’Etat peut s’en saisir, les professionnels ont aussi un rôle à y jouer et doivent y être encouragés. Certes, nous avons tous en tête ces périodes de fortes turbulences sur les marchés financiers, avec des mouvements de prix importants et rapides. Mais le risque de sous-investissement à long terme est-il aussi bien appréhendé par tout un chacun?

Ainsi, même une inflation faible, de l’ordre de 1%, réduit la valeur d’un investissement de près de 30% sur un horizon de trente ans et de 45% pour une inflation de 2%. Le «risque» n’est pas toujours là où on pense le trouver et être trop défensif, contraint ou conservateur peut, sur le long terme, s’avérer contre-productif pour un épargnant ou un régime de retraite poursuivant un objectif de long terme. A titre d’exemple, le fonds de pension norvégien, reconnu pour ses qualités d’allocataire, avait placé plus de 60% de ses actifs dans les actions, des actifs dits «risqués», à fin 2016.

Deuxième élément du triptyque: l’hybridation

Il faut renforcer de façon volontariste la collaboration entre public et privé pour créer une alliance utile entre les deux mondes, sûrement dans des structures institutionnelles nouvelles. L’Etat doit davantage s’inspirer des méthodes développées depuis des années par les acteurs de la finance de long terme – au demeurant très régulés – dont le métier est de gérer les investissements et les risques des mutuelles, assureurs, régimes complémentaires et autres institutions.

Les exemples dans le monde ne manquent pas, qui pourraient nous éclairer. Ainsi, les fonds de pension aux Pays-Bas, dont le système de retraites a été classé l’an dernier parmi les plus solides au monde par le Mercer world pension index, ont directement recours à des professionnels du privé pour la gestion d’un certain pourcentage de leurs actifs, avec une attention particulière aux frais de gestion – autant d’économies qui peuvent être répercutées, in fine, aux retraités.

Troisième volet: l’innovation

Innovons dans les outils, les thèmes de gestion ou encore les classes d’actifs investiesIl existe aujourd’hui des solutions globales, intégrées, de gestion des engagements retraites (gestion des risques, choix stratégiques d’investissement, maîtrise des coûts). Elles sont déjà utilisées par de grands groupes privés européens qui n’hésitent pas à y recourir au bénéfice de leurs salariés.

L’innovation, c’est aussi se pencher sur de nouvelles thématiques qui conjuguent éthique et performance (environnement, diversité, transition énergétique) que le secteur privé a déjà investies et que la puissance publique soutiendrait sans peine. L’innovation peut signifier l’élargissement du spectre des classes d’actifs, en se tournant par exemple davantage vers des actifs illiquides (la dette privée, le private equity) dont les rendements supérieurs sur le long terme en font des supports adaptés aux horizons longs d’investissement.

Ne laisser personne sur le bord du chemin

Cette équation éducation-hybridation-innovation n’est en rien théorique et s’adresse au plus grand nombre. Même le placement de sommes réduites est significatif dans la préparation d’une retraite, moyennant une gestion adaptée des investissements et des risques. Et sur un plan collectif, au-delà de tentatives trop timides et si contraintes, les grands régimes de retraite auraient tout à gagner à une symbiose forte, institutionnelle, avec les professionnels de la gestion et de l’assurance, qui comptent pour certains parmi des fleurons nationaux ou européens.

En tout cas, une chose est sûre: il est possible et il est temps d’innover pour apporter une réponse structurée et de long terme au défi du financement des retraites en France!

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