L’ensemble des actions cotées en bourse sur la planète vaut 95 000 milliards de dollars. Ce nouveau sommet historique a été atteint la semaine passée, sur fond de nouvelles positives concernant le futur vaccin de Pfizer contre le coronavirus. Surtout, la capitalisation boursière mondiale dépasse dorénavant le PIB mondial, ce qui indique que les marchés actions seraient en situation de bulle spéculative. Quel sens donner à cet «indicateur Buffett»? Cette bulle est-elle sur le point d’exploser?

La dernière fois que cet indicateur a atteint son niveau actuel, le monde se dirigeait vers la crise financière de 2008. La capitalisation boursière mondiale représente actuellement 108% du PIB global, selon un calcul de Blomberg. Ce ratio avait fini par dépasser 120% fin 2007. Cela signifie que la valeur de l’ensemble des entreprises cotées en bourse sur la planète dépasse la quantité de richesse créée dans le monde. Cette déconnexion entre ces deux indicateurs signifie que les actions sont surévaluées, avec une réelle possibilité qu’elles se trouvent en situation de bulle spéculative.

Lire aussi:  Moderna annonce que son vaccin est efficace à 94,5%

Popularisé par Warren Buffett en décembre 2001, cet indicateur avait également beaucoup progressé avant l’éclatement de la bulle internet de la fin des années 1990. Il dépasse à nouveau 100% actuellement, après une semaine de progression marquée des marchés boursiers suite à des nouvelles positives sur le vaccin anti-covid que comptent produire Pfizer et BioNTech. Calculé pour les Etats-Unis seulement, le même ratio atteint actuellement 181%, contre 171% au trimestre précédent (il avait touché 140% en mars 2000).

Des bulles sur des poches de marché

Une bulle sur l’ensemble des actions, Loïc Schmid n’en voit pas, mais des bulles sur des poches de marchés, oui. «Les injections de liquidités par les banques centrales continuent à pousser les actions mondiales vers le haut et on constate que des valeurs de qualité s’échangent à des valorisations très élevées, détaille le responsable des investissements de 1875 Finance. De manière générale, tout ce qui est rare est cher; il peut s’agir d’actions de sociétés solides, en forte croissance, mais aussi d’œuvres d’art, de vins fins ou d’immobilier à Verbier ou à Monaco. Il y a trop d’argent par rapport au nombre d’objets.»

Lire également:  Investir dans le monde d’après-vaccin

L’absence d’alternative aux actions, les taux d’intérêt bas ou négatifs (comme en Suisse) expliquent également les niveaux de valorisations actuels, selon Loïc Schmid. Pour lui, cette situation va perdurer tant que les injections de liquidités se poursuivent, «mais les ratios de valorisations comme le P/E (cours/bénéfice) ne seront plus soutenus, même pour les actions de grande qualité (également appelées blue chips), si les banques centrales arrêtent leurs politiques ultra-accommodantes». Actuellement, l’allocation d’actifs de 1875 Finance fait la part belle aux actions dites «value» (sous-évaluée) et aux valeurs cycliques, qui devraient bénéficier du retour de la croissance.

Pas de correction imminente

On peut parler de bulle spéculative dans la mesure où les actions sont portées par l’action des banques centrales, reconnaît François Savary, mais la vraie question est de savoir si le sommet touché par la capitalisation boursière mondiale est le signe que les marchés s’apprêtent à corriger fortement. «Non, répond catégoriquement le responsable des investissements de Prime Partners, car le supercycle de liquidités a eu pour but d’éviter la catastrophe. Or l’économie mondiale va se redresser dans les mois qui viennent, ce qui va provoquer un retour de la liquidité vers l’économie réelle.»

Lire encore:  Donald Trump s’en remet au crowdfunding

A l’inverse, si cette reprise ne se matérialisait pas, la bulle spéculative pourrait effectivement éclater, poursuit l’économiste genevois. Pour lui, «une économie de bulle peut fonctionner, il faut l’analyser en termes dynamiques, pas de manière statique». En conséquence, son allocation actions comprend une exposition en actions, qui sont largement privilégiées par rapport aux obligations dans une optique à douze mois.