Investissements durables

Le capital-risque durable, ou la «microfinance 2.0»

La société M-Kopa, basée à Nairobi et aidée par LGT Philanthropy, offre des mini-installations solaires que les gens financent avec leur téléphone portable. Ce type d’investissement fait partie du portefeuille de sociétés dont l’action permet un fort impact social

Le capital-risque durable, ou la «microfinance 2.0»

Philanthropie La société M-Kopa, basée à Nairobi et aidée par LGT Philanthropy, offre des mini-installations solaires que les gens financent avec leur téléphone portable. Ce type d’investissement fait partie du portefeuille de sociétés dont l’action permet un fort impact social

LGT Venture Philanthropy occupe une place à part dans l’univers philanthropique. Soutenu par le groupe, LGT Venture Philanthropy s’inscrit «dans le domaine du capital-risque durable dans les pays en développement», explique Oliver Karius, partenaire associé de LGT Venture Philanthropy. Du capital-risque mais avec un objectif social et non pas financier. Sur le plan financier, «l’objectif est un rendement positif», affirme Oliver Karius. Mais, avant tout, il s’agit de faire face aux inégalités et aux besoins essentiels comme l’accès à l’énergie, la santé et l’éducation.

Les différences avec le capital-risque traditionnel sont nombreuses. D’abord l’horizon à long terme, ensuite un investissement dans des projets et non dans des produits.

Créé en 2007, LGT Venture Philanthropy soutient des organisations locales qui ont besoin d’un effet d’échelle pour satisfaire les besoins fondamentaux. La démarche est proche de la microfinance, mais «nous faisons de la microfinance 2.0 en nous adressant à des entreprises locales dans la santé, l’éducation et l’énergie durable», lance Oliver Karius. Les ONG ne sont pas présentes dans ces métiers, et les investisseurs privés les considèrent trop peu rentables. Les instruments sont des dons, des crédits ou des participations aux augmentations de capital dans ces sociétés non cotées, et ils s’accompagnent toujours d’un apport de savoir-faire. Les entrepreneurs sociaux peinent à obtenir le financement nécessaire. Mais les banques n’octroient pas les crédits en raison des risques et le capital-risque est insuffisamment développé. Les apports de LGT Venture Philanthropy vont de 200 000 à 10 millions de francs. La famille princière investit elle-même comme les institutionnels et, comme ces derniers, exige une transparence totale, assure le directeur. «La transparence est une nécessité si l’on veut mesurer l’impact social, par exemple en Afrique», indique-t-il.

La société est présente dans les pays de croissance tels que la Colombie, le Brésil, l’Afrique de l’Est, l’Indonésie, les Philippines, la Chine, l’Inde, selon Natija Dolić, responsable communication de LGT Venture Philan­thropy.

Le premier critère de décision des équipes locales est l’impact social à long terme (5 à 7 ans). L’exemple de réussite présenté en premier se produit en Afrique de l’Est. Les gens n’ont pas d’accès à l’électricité et utilisent le kérosène pour s’éclairer, un produit cher, dangereux et peu pratique, mais «les gens n’ont pas assez d’argent pour s’offrir une installation photovoltaïque», selon elle. La société M-Kopa, basée à Nairobi et aidée par LGT Venture Philanthropy, offre des mini-installations solaires que les gens financent avec leur téléphone portable. L’installation coûte 200 dollars. Elle est donnée aux utilisateurs pour 30 dollars. Le reste du prix sera payé par les utilisateurs à un tarif quotidien de 50 cents.

Ce n’est pas un produit, mais une technologie qui combine le solaire et la téléphonie mobile. «Leur solution s’attaque non à un symptôme mais à la cause, la pauvreté», affirme Natija Dolić. Le prix de la solution est en effet si fortement réduit que la solution est accessible à tous, puisque tout le monde (ou presque) dispose d’un mobile. De plus, chaque installation profite à cinq personnes en moyenne.

La microfinance existe aussi sur ce terrain, mais aucune solution n’existe à moins de 300 dollars. Avec M-Kopa, les gens dépensent moins d’un dollar. Ils ont besoin de quatre heures pour charger la pile, ce qui leur permet d’avoir quatre à six heures de lumière à un coût de 50 cents. 400 équipements étaient prévus lors du lancement de la société il y a quatre ans. 150 000 sont déjà vendus. Aujourd’hui, M-Kopa emploie 1000 collaborateurs et distributeurs et ses comptes sont proches de l’équilibre financier.

Son horizon porte du Kenya à l’Ouganda, à la Tanzanie et bientôt à l’Inde. Ce n’est plus une start-up, mais un groupe qui a obtenu presque 50 millions à travers diverses rondes de financement. L’exit de LGT Venture Philanthropy ne devrait pas se produire avant deux ans. L’objectif est d’atteindre 1 million d’utilisateurs, selon LGT Venture Philanthropy.

Le portefeuille de LGT Venture Philanthropy comprend une autre organisation, mais à but non lucratif, qui présente de très bons résultats. «Educate Girls», au Rajasthan, en Inde, cherche à répondre à un défi social majeur, selon Oliver Karius: les filles des régions rurales ne sont pas souvent envoyées à l’école ou, si elles y vont, n’y restent pas longtemps. Educate Girls tente de convaincre les familles des avantages de l’école pour une fille et sa famille plutôt que de la marier tôt, souvent entre 10 et 15 ans. L’approche est systématique et intègre les efforts à entreprendre à l’école, à commencer par des toilettes séparées. «C’est le village qui choisit les filles. Son engagement accroît sa responsabilité. De plus, les représentants d’Educate Girls sont des jeunes hommes de la région elle-même. 80 000 enfants ont été conduits à l’école depuis le début d’Educate Girls. L’organisation avait besoin d’un financement pour étendre son action à de vastes régions. «Nous avons réorganisé l’organisation pour la rendre professionnelle et modernisé son informatique», explique Oliver Karius. L’an dernier, elle a émis des «development impact bonds». Il s’agissait des premières de la sorte dans le monde. Le concept de cet instrument a été développé à Londres pour les organisations à but non lucratif. L’Etat indien demande à voir le résultat social de l’opération avant de financer une organisation privée pour la mise en œuvre du projet. Aujourd’hui, plus de 80 000 filles ont pris le chemin de l’école et l’objectif de 4 millions devrait être atteint en 2018. Le coût est évalué à 2,50 dollars par fille envoyée à l’école. Avec un modeste investissement, l’impact est considérable. Les filles se marient plus tard et elles ont moins d’enfants, selon LGT Venture Philanthropy.

Aujourd’hui, une fondation du Qatar a participé à son financement ainsi que Jeffrey Skoll, le fondateur d’eBay.

Mais le simple don d’argent ne suffit pas pour atteindre l’objectif recherché. Il faut des organisations qui participent à l’activité avec leur savoir, selon Oliver Karius. A l’heure du bilan, le rendement atteint 3 à 4% pour les prêts effectués par LGT Venture Philanthropy et 6 à 7% pour les participations (rendements non réalisés).

Des échecs sont possibles. Ils surviennent lorsque par exemple la demande est insuffisante pour la solution sociale proposée. Il arrive aussi que le management ne soit pas adapté. Sur 10 organisations, six à sept atteignent les objectifs recherchés, selon nos interlocuteurs.

L’objectif est de continuer sur cette voie. Depuis sa création, LGT VP a soutenu 40 organisations avec plus de 50 millions de dollars et contribué de la sorte à l’amélioration de la qualité de vie de plus de 5 millions de personnes défavorisées.

«Educate Girls», au Rajasthan, en Inde, cherche à répondre à un défi social majeur, selon Oliver Karius

Nous faisons de la microfinance 2.0 en nous adressant à des entreprises locales dans la santé, l’énergie

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