Le Temps: En cette période de crise sur les marchés financiers, les fonds se dirigeraient-ils davantage vers le capital-risque?

Claude Suard:Non, je ne pense pas que le capital-risque va attirer plus de fonds. Par contre, il n'y a pas de raison qu'il en attire moins. Dans l'environnement financier actuel, le capital-risque, qui subit moins les effets de la crise, s'avère une excellente alternative d'investissement pour les investisseurs institutionnels. Des start-up, qui font de la recherche, ont une valorisation qui reste relativement stable. Elles sont beaucoup moins sensibles aux aléas des marchés financiers. Ces sociétés sont des investissements à moyen et long terme qui ressentent moins les fluctuations à court terme de la bourse.

- Constatez-vous davantage d'opportunités d'investissement?

- En temps de crise, il y a surtout plus de start-up de haute technologie qui se créent car il y a moins de débouchés dans les grandes sociétés. Cette situation pousse à l'entrepreneuriat. Il y a donc effectivement plus de projets qui voient le jour. Nous allons par contre sélectionner moins de projets mais y mettre plus d'argent. Comme les sorties en bourse sont plus difficiles, tout comme la revente de participations à des grands groupes, il est nécessaire de réinjecter plus d'argent dans ces start-up afin qu'elles puissent financer leur développement jusqu'à leur vente.

- Combien d'investissements ont été effectués par Initiative Capital Romandie?

- Lancé en 2006 et doté de 15 millions de francs, Initiative Capital Romandie sera actif sur une période de dix ans. Trois

investissements ont déjà été effectués. Il s'agit de la société HPL qui développe des nanostructures LiMnPO4 (Lithium Manganèse Phosphate) qui serviront de contenu aux futures générations de batteries. Nous avons également investi dans la société Viroblock à Plan-les-Ouates (GE). Cette start-up développe un nouveau type de traitement antiviral ciblant des agents pathogènes humains tels que le virus de la grippe, le virus du sida ou les virus herpétiques. Nous avons financé la société lausannoise Picodrill qui développe une nouvelle technologie d'usinage à l'échelle nanométrique permettant de produire de manière industrielle et à coûts réduits des trous et des puits, dans le verre et d'autres matériaux. Enfin, Diagnoplex est sur le point de bénéficier de notre fonds.

Les premières sorties sur ce fonds seront effectuées à partir de 2011.

- Quel est le lien entre Défi Gestion (la société qui gère notamment Initiative Capital Romandie) et la Banque Cantonale Vaudoise?

- Fondée en 1990 par la BCV, Défi Gestion - la société qui gère Initiative Capital Romandie a fait l'objet d'un management buy-out en 2006. Jacques Berger et Mohammed Diab et moi-même avons racheté Défi Gestion à BCV, aux Retraites Populaires, au Centre Patronal et à l'ECA.

Ils ne sont plus actionnaires de la société de gestion, mais sont les principaux investisseurs des fonds de private equity que nous gérons.