Les capitaux étrangers se sont rués sur les actions cotées à Shanghai

Bourses La plateforme commune entre Shanghai et Hongkong est ouverte

Les investisseurs peuvent y acheter des titres chinois

Pas de parapluie ouvert. Les potentiels étendards du mouvement pro-démocratie, qui bloque de grandes avenues de Hongkong depuis fin septembre, avaient été confisqués à l’entrée. Le lancement officiel, lundi, de la plateforme commune entre les bourses de Shanghai et de Hongkong a ainsi pu laisser le chef de l’exécutif Leung Chun-ying arborer un large sourire, qu’il n’avait publiquement pas montré récemment.

Le gong a retenti au même moment hier matin dans les deux villes, réunies par duplex. Ce nouveau marché pèse près de trois fois celui de Zurich. Au siège de l’opérateur boursier, le directeur général du HKEx, la bourse de Hongkong Charles Li a déclaré que commençait une «nouvelle ère. C’est la première fois que les investisseurs [étrangers] peuvent directement acheter des actions chinoises.»

En passant par Stock Connect, le nom de cette plateforme, entièrement en renminbis. A Hongkong, par où tous les ordres vers la Chine doivent passer, ce lancement est salué comme la plus grande innovation depuis la cotation des premières sociétés chinoises, dites H, en 1993.

Pour Leung Chun-ying, l’événement, combiné à la convertibilité totale du dollar hongkongais avec le renminbi (lire l’encadré), va «augmenter la compétitivité de Hongkong, en faire la première place hors de Chine continentale pour le yuan [l’autre nom de la monnaie chinoise]. Voilà la démonstration du principe «un pays, deux systèmes».

Vers 14h, heure locale, les investisseurs avaient épuisé leurs 13 milliards de yuans (2 milliards de francs) de quota journalier. Daqin Railway (transport de charbon), Kweichow Moutai (connue pour la liqueur Moutai), Saic Motor (qui travaille notamment avec Volkswagen) ont été les titres les plus demandés. Les opérateurs parient sur un relèvement de la limite totale, 300 milliards de yuans, dès qu’elle aura été atteinte.

Dans l’autre sens en revanche, moins de 20% du quota a été exploité, et l’indice de Hongkong, le Hang Seng, a fini dans le rouge. Une «déception» pour Kelvin Wong. Le spécialiste des actions chinoises et hongkongaises chez Julius Baer l’explique par deux facteurs: les grands investisseurs de Chine continentale «connaissaient déjà les titres de Hongkong, et pouvaient aussi déjà les acheter».

Les particuliers, qui représentent la majorité du trading à Shanghai, ont eux «peu l’habitude d’investir en dehors de chez eux, et vont donc le faire avec prudence». Charles Li, de HKEx, réfute toute inquiétude: «Le volume viendra; ce qui compte aujour­d’hui, c’est que tout se passe bien. Il est trop tôt pour tirer des conclusions.»

Depuis janvier, le principal indice de la bourse de Shanghai a progressé d’un peu moins de 20%. Kelvin Wong lui voit encore du potentiel. Vincent Chan, analyste de Credit Suisse, estime au contraire que «l’essentiel de cette progression, en grande partie tirée par le lancement de Stock Connect, a été fait».

Hier, Credit Suisse annonçait avoir redoublé d’effort pour couvrir ce nouveau marché chinois, souvent décrit comme opaque ou aux sociétés à la gouvernance insuffisante. Jonathan Tischler, son responsable Asie-Pacifique d’un programme d’aide à l’investissement, revendique plus de 800 sociétés analysées, 95% de la capitalisation de Shanghai. «Nous avons trouvé assez d’informations solides pour nous forger notre opinion», a-t-il assuré.

L’événement va faire de Hongkong «la première place hors de Chine continentale pour le yuan»