Lors du Salon de l'automobile, tous les grands patrons de l'industrie viennent à Genève pour faire la promotion de leurs nouveaux modèles. Ils en profitent aussi pour s'entretenir avec la presse sur les grandes orientations de leurs entreprises lors de repas organisés en petit comité dans un des grands hôtels de la place. Le bouillant Franco-Brésilien Carlos Ghosn, hissé à la tête de Nissan pour remettre sur pied le groupe nippon, n'a pas manqué ce rendez-vous. Sélection d'une série de questions posées avant le dessert

Le Temps: Quels sont les changements que vous avez apportés au sein de l'entreprise depuis votre arrivée en 1999?

Carlos Ghosn: Nous avons fait des modifications dans le management, pas seulement au niveau de la direction, mais aussi dans l'organisation. Nous avons baissé notre production et amélioré notre réseau de vente. Nous avons environ 1400 participations détenues par Nissan dans des activités les plus diverses (aéronautique, téléphonie, supermarché, club de golf, etc.). Nous sommes en train de les vendre, ce qui nous apportera des liquidités.

– Quelle est l'influence de Renault (propriétaire de Nissan à 36% ndrl) dans vos décisions stratégiques?

– Notre actionnaire nous laisse toute liberté. Ce sont les résultats qui comptent et rien d'autre. Nous gardons le nom des deux marques indépendantes. Au niveau des synergies de production, nous avons déjà deux plates-formes en fonction, qui représentent 40% de la production de voiture de Nissan et de Renault. D'ici 2010, dix autres seront mises en place. Nous achetons aussi notre matière première – l'acier – ensemble, ce qui en fait baisser le prix.

– Avez-vous d'autres formes de collaboration?

– Pour Renault, ce sont surtout des synergies financières. Plus nous sommes profitables, plus le groupe français est riche puisqu'il détient 36% de Nissan.

– Pensez-vous que Renault augmentera sa participation dans Nissan?

– Il existe un protocole qui a été signé lors de la transaction. Il spécifie que Renault peut monter jusqu'à 44%. Il n'est pas exclu qu'un jour il le fasse, mais rien n'est prévu dans l'immédiat.

– A combien s'élève aujourd'hui la dette de Nissan?

– A 10 milliards de dollars. Notre objectif est d'arriver à zéro, raisonnablement d'ici une demi-année.

– La marque Nissan a souffert ces dernières années. Comment allez-vous redorer son blason?

– Pour mesurer la notoriété d'une marque, il faut la mettre en relation avec ses profits. Il y a un moyen très simple de les calculer. En comparant le prix entre deux modèles et catégories identiques. Nous sommes encore en dessous de nos concurrents. Nous avons, c'est vrai, encore une déficience à ce niveau-là. Mais cela n'est qu'une question de temps – trois à quatre ans – pour donner une forte identité à Nissan.

– Quelles seront les conséquences du ralentissement économique aux Etats-Unis?

– Le marché américain est en baisse, c'est vrai, mais il reste un marché vigoureux, notamment dans la catégorie des voitures de sport. Nous l'observons, mais nous ne sommes pas trop inquiets.

– Combien de temps resterez-vous à la tête du groupe?

– Jusqu'à ce que ma mission soit accomplie. Cela prendra encore du temps, deux ans au moins.

– Parlez-vous le japonais?

– Un petit peu. La langue de l'entreprise est l'anglais.