Une preuve de vaccination stockée au cœur de son iPhone, au sein d’un service développé par Apple. Voilà à quoi peuvent avoir accès depuis la semaine passée les 10 millions d’habitants du comté de Los Angeles. Une fois qu’ils ont reçu la première dose du vaccin contre le coronavirus, ils peuvent en obtenir la preuve numérique au sein du service «Wallet» de l’iPhone. S’ils ont un téléphone tournant avec Android, le système de Google, cette possibilité leur est aussi offerte via le service «Pay Pass». Les géants américains de la tech vont-ils jouer un rôle majeur dans la campagne de vaccination mondiale? Pour l’heure, la Suisse étudie ces avancées mais privilégie une application nationale pour stocker ces informations si sensibles.

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Revenons d’abord à Los Angeles, ville parmi les plus touchées par le virus aux Etats-Unis. Plus de 38 000 habitants y ont reçu le vaccin de Pfizer. Ils peuvent en obtenir la preuve électronique via une fiche qui se glisse dans Wallet, une application native des iPhone habituellement utilisée pour y stocker des billets de concert, des tickets de train ou des billets d’avion. Les autorités sanitaires locales utilisent les services d’une start-up américaine, Healthvana, pour l’envoi de ces fiches de vaccination électroniques. L’objectif initial est que le téléphone envoie ensuite un rappel à l’utilisateur lorsqu’il devra recevoir sa deuxième dose de vaccin.

Sésame pour des concerts?

Mais il peut y avoir un deuxième but. «Cela peut être de prouver à des compagnies aériennes, des écoles ou à quiconque le demande» que la personne s’est bien fait vacciner, afin de ne pas se voir refuser d’accès, affirmait la semaine passée le directeur de Healthvana à Bloomberg. La start-up discute ainsi déjà avec des organisateurs de concerts, des entreprises et des universités pour y faire valider ses autorisations numériques. En parallèle, complètement débordés, les services de santé de Los Angeles veulent utiliser ces preuves numériques pour… leur propre usage. Le responsable de la vaccination affirmait ainsi à Bloomberg ne pas avoir la capacité de faire des recherches dans ses bases de données pour savoir à qui injecter les deuxièmes doses.

Et en Suisse? D’abord, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) relativise le rôle joué par Apple et Google. «Cela ne vient pas nécessairement de ces deux sociétés, elles fournissent simplement le «portefeuille» de l’application pour y mettre quelque chose. Tout comme vous pouvez y mettre un billet d’avion ou de cinéma, Healthvana y a mis son propre certificat de vaccination», détaille un porte-parole de l’OFSP, qui s’empresse d’atténuer la valeur de ce document numérique: «Il ne s’agit pas véritablement d’un «certificat», qui peut être considéré comme un certificat de vaccination officiel, même pour les vaccins internationaux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est en train de spécifier une solution technique valable au niveau international, la version numérique du carnet jaune. Cette mesure sera également mise en œuvre en Suisse, dès qu’elle sera disponible.»

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App suisse préférée

L’OFSP pourrait-elle, en parallèle, créer des certificats numériques pour les systèmes d’Apple et de Google? «En principe, il serait concevable de stocker une telle preuve numérique de vaccination dans leurs portefeuilles électroniques, mais en Suisse, elle serait plutôt stockée dans l’application myViavac, à condition que les citoyens créent un dossier de vaccination numérique», poursuit le porte-parole. L’OFSP veut donc avancer par étapes: elle recommandera d’abord la solution suisse myViavac comme preuve de vaccination. «Une fois que la solution de l’OMS sera en place, nous préférerons le carnet jaune numérique de l’OMS», conclut le porte-parole.

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MyViavac est une app, disponible sur tous les téléphones, développée par la fondation suisse Mesvaccins, qui collabore avec l’OFSP. Ce carnet de vaccination électronique est aussi plébiscité par le médecin neuchâtelois Jean Gabriel Jeannot, spécialiste des outils numériques: «Comme pour tous les autres vaccins, il est possible d’inscrire ce vaccin contre le coronavirus dans son carnet de vaccination papier ou mieux encore dans son carnet électronique.» Ce dernier se trouve à l’adresse mesvaccins.ch et il est accessible sur son téléphone via l’application myViavac. «Je suis d’une façon générale très réservé quant à l’idée de donner des informations médicales aux géants de la technologie», poursuit Jean Gabriel Jeannot. Contacté, le canton de Genève favorise lui aussi l’app myViavac.

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Nombreuses exigences

Le médecin trouve tout de même un avantage à Wallet: «Cette solution permettrait de ne montrer que sa vaccination covid, mais pas les autres vaccins. Et encore moins d’autres informations médicales.» Et de manière générale, Jean Gabriel Jeannot est favorable à ce que le citoyen ait sa preuve de vaccination sous forme numérique. «Cela offre un plus par rapport au papier, mais il faut que ce système soit sûr et efficace. Attention à la protection des données, à l’identification sans équivoque des personnes ou encore à la clarté de l’information.»

Ces défis sont aussi soulignés par Sylvain Métille, avocat et professeur en protection des données et droit pénal informatique à l’Université de Lausanne: «En Suisse aussi, il faut réfléchir à la question de savoir par qui et comment seront traitées les données de vaccination, surtout si la vaccination n’a pas lieu chez le médecin traitant. Il faudra trouver un équilibre entre la protection de la sphère privée et un accès limité aux données de vaccination, d’une part, et l’intérêt public, d’autre part, à éviter que certaines personnes ne soient vaccinées plusieurs fois par exemple.» Pour Sylvain Métille, des mesures techniques et organisationnelles doivent permettre de protéger de manière efficace les données.