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Les séminaires d'entreprise ou l'art subtil de travailler en faisant semblant de s'amuser

Qu'il s'agisse de formations ou de virées récréatives, les mises au vert ont toujours plus de succès auprès des entreprises. Petite revue des concepts en vogue et des comportements à adopter.

Malgré la crise, la demande en séminaires d'entreprise ne faiblit pas. Il y a toujours du bon à faire tomber sa veste dans un cadre champêtre, que ce soit pour resserrer les rangs, organiser une formation continue ou offrir une récompense aux collaborateurs. En général, les employeurs s'arrangent pour programmer ces activités durant une période plus détendue, comme l'été.

Le panel des événements orchestrés est aussi vaste que les clients sont différents. Ces sorties consistent le plus souvent en soirées de gala, en jubilés ou en journées de cours. Parfois, elles incluent des activités sportives, dont la seule limite consiste à être accessibles à tout le monde. Là, les normes de sécurité sont devenues très strictes. La recherche de l'exploit ou la mise à l'épreuve des nerfs sont passés de mode auprès des employeurs. Certains clients cherchent à ressouder les liens et à améliorer la qualité de vie au travail. Journées de wellness ou jeux en plein air visent à renforcer la cohésion des équipes. Ludique, l'exercice n'a cependant rien d'anodin, ni pour les participants, ni pour les responsables qui l'inscrivent toujours dans leur stratégie globale de développement.

Si, aujourd'hui, certaines entreprises comptent encore sur leurs propres moyens, nombreuses sont celles qui contactent des professionnels de l'événementiel, pour être conseillées, et pour maximiser les chances de réussir leur coup. «Nous sommes souvent sollicités par les ressources humaines, le marketing ou les services de vente de nos clients, confirme Salvatore Pagano, directeur de clientèle chez MCI, spécialiste de l'événementiel. On définit ensemble les objectifs, qui peuvent être très variés, selon la philosophie, le stade de développement de la société ou le climat général. La plupart n'hésitent pas à y mettre le prix, preuve que les bénéfices à retirer sont importants.»

Improvisation

Une autre petite structure active dans le même domaine, Original Concept, a également vu son chiffre d'affaires augmenter de 15% en six ans: «En période de haute conjoncture, nos clients préfèrent les sorties de prestige ou les soirées à thème, explique Christian Crettaz, l'un des deux fondateurs. Quand l'argent vient à manquer, ils mettent l'accent sur la formation. Au final, les sollicitations restent nombreuses.»

Certains employeurs misent, pour leur part, sur l'efficacité et la simplicité. Par exemple la TSR: nos séminaires annuels concernent environ 80 cadres, explique Eliane Chappuis, secrétaire générale. Nous choisissons le plus souvent un lieu situé dans la région lémanique, garantissant proximité et tranquillité. Seuls les échanges entre les programmateurs des télévisions francophones offrent à nos gens l'occasion de voir du pays.»

Dans d'autres cas, les responsables n'hésitent pas à suivre la tendance actuelle, qui évolue vers plus d'originalité et d'improvisation. Lorsqu'elles veulent présenter de nouveaux produits à leurs vendeurs ou les convaincre, les motiver à faire exploser leurs chiffres, les entreprises cherchent à mettre le paquet.

Les branches high-tech, comme l'automobile ou la joaillerie, optent pour des cadres magiques, en Suisse ou même à l'étranger, pourvu que ce ne soit pas trop loin. Les acteurs de l'industrie pharmaceutique, eux, sont friands de séminaires hauts de gamme: ils représentent 60% des demandes, selon MCI.

Les professionnels de l'événementiel ont ainsi dû passer maîtres dans l'art de conjuguer des talents multiples, qui vont de la créativité à la maîtrise de la logistique – délais et coûts, notamment – en passant par la sécurité et l'art de gérer les imprévus. «Nous avons dû plus d'une fois changer de destination à la dernière minute. Le dernier cas de ce genre concernait un voyage de prestige au Maroc, qui a fini par se dérouler en Laponie», raconte Salvatore Pagano chez MCI.

Tout en haut de l'échelle du prestige, on trouve le voyage incentive, véritable opération d'image de marque, destinée à impressionner les invités par le luxe, l'exotisme et l'exclusivité. «Nous travaillons actuellement sur un projet à Marrakech, pour des managers de haut niveau, avec conférences dans un palais et mini-trek dans le désert, indique Christian Crettaz, d'Original Concept. Autre option possible, la Corse, avec des activités nautiques sur une petite île complètement privée.»

Tout le monde n'est pas invité à ce genre de tour de luxe. En revanche, chaque salarié devra un jour ou l'autre suivre un séminaire. Et là, mieux vaut qu'il joue le jeu. Le programme dictera au participant le comportement adéquat. Simple question de bon sens. Il est ainsi conseillé d'adopter une tenue décontractée si le séminaire a lieu dans la nature. Autre exemple, pour du teambuilding – une activité très demandée qui apprend aux collaborateurs à mieux vivre ensemble grâce à divers jeux – le port du costume cravate pourrait refroidir les autres participants. Par contre, arriver en vieux jeans dans une soirée de gala n'est pas une bonne idée, ni celle de piller le buffet ou de s'afficher avec un supérieur hiérarchique. Dans ce genre de circonstances, on s'observe en coulisses et cela marque les mémoires. Quand ce n'est pas la pellicule du film d'entreprise!

Autre piège à éviter: le réflexe corporatiste qui pousse à se regrouper entre têtes connues, souvent par métiers. Un bon animateur doit faire tomber ces barrières ou rectifier le tir. Spécialisé dans la résolution des problèmes de communication, Thierry Kallfass, qui dirige l'institut Perspectives Humaines, a trouvé la parade: «Je commence toujours par demander aux gens de changer de place, voire de choisir une autre chaise tous les jours, explique-t-il. Sans quoi, le groupe ne progresse pas.» On n'est pas en colonie de vacances.