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Comment Carsten Schloter a transformé Swisscom

Le patron de l’opérateur est décédé subitement à l’âge de 49 ans. Dès 2006, il a su diversifier les activités de l’entreprise

Comment Carsten Schloter a transformé Swisscom

Télécoms Le patron de l’opérateur est décédé subitement à l’âge de 49 ans

Dès 2006, il a su diversifier les activités de l’entreprise

«Ce que j’admire chez Bruce Springsteen, c’est son énergie et son envie. Et chacun de ses concerts est original, il joue toujours des chansons différentes. Je me ­réjouis beaucoup de demain soir».

La veille du concert du «boss» à Genève, mardi 2 juillet, Carsten Schloter avait rendu visite au Temps. Pendant plusieurs heures, le directeur de Swisscom, dont le décès soudain a été annoncé mardi après-midi, avait parlé de l’évolution de l’opérateur. «Il y a dix ans, nous devions l’essentiel de notre chiffre d’affaires à la vente de minutes de communication. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une activité secondaire. Or, nous réalisons toujours le même revenu global», avait affirmé Car­sten Schloter. Les pleins pouvoirs, Carsten Schloter, né en Allemagne et parfait francophone, les obtient en janvier 2006. Il devient alors directeur de l’opérateur. Mais il est déjà l’un des hommes forts de la société dès 2001, lorsqu’il prend la tête de la division mobile de Swisscom. A première vue, l’opé­rateur évolue peu sous son règne: 9,9 milliards de francs de chiffre d’affaires en 2006, 11,3 en 2012. Alors que le bénéfice passe de 1,9 à 1,8 milliard, le nombre d’employés augmente de 17 000 à 19 500.

Mais, derrière les chiffres, Swisscom mue à grande vitesse. Le directeur le pressent rapidement: pour compenser des activités en perdition, il lui faut investir de nouveaux marchés. L’opérateur voit certains tarifs s’effondrer: depuis 2007, le prix de la minute en téléphonie mobile chute de 48%, celui des données mobiles de 98%.

Neuf mois après ses débuts comme directeur, Carsten Schloter lance son offre de télévision, contre laquelle les câblo-opérateurs ne cessent, depuis, de perdre des parts de marché. L’homme fort de Swisscom assume: oui, il peut se permettre, pour plusieurs ser­vices, d’afficher des tarifs 30% plus élevés que ses concurrents. Insistant d’abord sur la qualité. Joint mardi, Thomas Sieber, président d’Orange, confirme: «Carsten Schloter a tellement misé sur la qualité que tous les concurrents ont dû suivre, ce qui a été bénéfique pour tous les consommateurs. Il était l’un des meilleurs dirigeants de Suisse.»

Ensuite, Carsten Schloter a réussi à faire migrer ses clients vers des offres combinées. Les packs mêlant Internet, télévision, téléphonie mobile et fixe sont des succès. «Petit à petit, les clients migrent vers des offres plus chères», constate-t-il en février dernier.

En été 2012, Swisscom innove sur le marché mobile avec des offres illimitées, poussant de facto de nombreux clients vers des offres à 99 francs par mois. Avec déjà plus de 60% sur ce marché, l’opé­rateur progresse encore. «Je n’ai qu’un objectif dans tous les domaines, c’est de prendre davantage de parts», affirme le directeur.

Si le rachat de l’opérateur italien Fastweb en 2007 est un demi-succès – Carsten Schloter reconnaîtra l’avoir payé trop cher –, les expériences se multiplient: ­acquisition de sociétés dans les domaines de la santé, du recouvrement et du dépannage informatique, ou encore de Datasport en 2012.

Swisscom IT, la division informatique du groupe, se développe rapidement. «L’opérateur était, il y a peu, totalement absent de ce marché. Via des rachats stratégiques, Carsten Schloter a fait de Swisscom l’un des tout grands acteurs du domaine informatique. Il a parfaitement réussi ce virage», analyse Philippe Roditi, codirecteur de l’opérateur VTX.

Ce dernier salue aussi la loyauté de ce concurrent. «Carsten Schloter n’avait qu’une parole, il était fiable et juste. Avant lui, Swisscom attaquait toutes les décisions lé­gales qui lui étaient défavorables. Carsten Schloter a défendu les intérêts de Swisscom de manière plus souple. Et il savait prendre de la distance par rapport à sa société et pouvait donner raison à ses concurrents.»

Urs Schaeppi, suppléant de Carsten Schloter, le remplace ad interim. Selon les premiers éléments de l’enquête, Carsten Schloter se serait suicidé. Séparé, il laisse trois enfants.

«Il a tellement misé sur la qualité que tous ses concurrents ont dû suivre»

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