Réunis en début de semaine à Moscou, les principaux pays producteurs de gaz n’ont pas réussi à s’entendre sur une formule pour influencer les prix. Les rivalités à l’intérieur de «l’OPEP gazier» continuent de primer sur le désir de Vladimir Poutine de faire pression sur les consommateurs européens.

Le président russe n’a pas réussi à convaincre ses homologues de la nécessité d’indexer le prix du gaz sur celui du pétrole. Ce point était le principal objectif du sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG), qui s’est déroulé à Moscou lundi et mardi derniers. Les chefs d’Etat de 13 pays (dont le Qatar, l’Iran, le Venezuela et la Bolivie) représentant 70% des réserves mondiales n’ont guère réussi à masquer leurs divergences d’intérêts.

Vladimir Poutine a désigné son principal ennemi: le troisième «paquet énergie» adopté par la Commission européenne, visant à une séparation effective entre le transport et la production de gaz. Le président russe a rappelé que Gazprom a investi des milliards de dollars dans l’infrastructure de transport. Poutine a martelé que «la solidarité entre les pays exportateurs est cruciale» pour lutter contre la menace. Il a aussi insisté sur la nécessité d’indexation au baril du pétrole, «seul moyen équitable de déterminer le prix du gaz».

Mais le Qatar, qui joue un rôle croissant, a fait entendre sa divergence. «La formulation du prix doit tenir compte des intérêts du consommateur et pas seulement du producteur», a déclaré le ministre de l’Energie qatari, Mohammed Saleh al-Sada, en ajoutant que son pays continuerait à augmenter sa production gazière.

Les observateurs soulignent que le marché gazier possède une structure radicalement différente de celui du pétrole. D’un côté, des producteurs comme la Russie et l’Algérie, misant sur les exportations par gazoduc avec des contrats à long terme peu transparents. De l’autre, le Qatar, misant sur le gaz naturel liquéfié (GNL) et le marché de gré à gré, avec des prix beaucoup plus flexibles… et surtout moins élevés.

La rivalité va en s’intensifiant entre Moscou et Doha, et beaucoup doutent des perspectives d’un cartel gazier. Vladimir Drebentsov, économiste chez BP Group, voit une contradiction flagrante dans le FPEG puisque le groupe veut à la fois élargir le marché du gaz et maintenir des prix élevés, ce qui pousse les consommateurs vers d’autres carburants.

Mikhaïl Kroutikhine, partenaire du groupe d’experts Rus­Energy, qualifie d’absurde la demande russe envers les producteurs de GNL comme le Qatar ou Trinité-et-Tobago «d’augmenter leurs tarifs au niveau du gaz transporté par gazoduc, alors que la tendance va dans le sens inverse: abaisser les prix au niveau du marché de gré à gré. C’est d’ailleurs ce qu’exigent les Chinois et les Japonais lorsqu’ils négocient avec Gazprom.»

Tatiana Mitrova, experte du marché de l’énergie à l’Académie des sciences, rappelle toutefois que «l’OPEC a mis plus de dix ans avant de se faire entendre» et affirme qu’il «n’est pas exclu que le forum influe sur les prix dans le futur».

Le FPEG a été créé en 2001 mais n’a réellement pris forme qu’en 2008, à une période charnière pour le marché du gaz avec l’essor rapide du GNL et les débuts de la révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis. A l’époque, Gazprom était au faîte de sa puissance sur le marché européen. La crise gazière entre l’Ukraine et la Russie était fraîche dans les mémoires et Bruxelles s’inquiétait de voir le Kremlin user de Gazprom comme d’un outil au service de ses intérêts géostratégiques.

Le Qatar mise sur le gaz naturel liquéfié et le marché de gré à gré, avec des prix plus flexibles