Énergie

Le cartel du pétrole voudrait modérer les prix

Un compromis pour augmenter la production du brut se dessine, à la veille d’une importante réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et des producteurs non membres à Vienne. Philippe Chalmin, codirecteur de «Cyclope», le rapport annuel sur les matières premières, voit le baril stagner autour de 60 dollars

De quoi Vladimir Poutine et Mohammed ben Salmane ont-ils parlé le jeudi 15 juin, lors du premier match de la Coupe du monde? Le président russe et le prince héritier saoudien étaient présents au stade Loujuiki à Moscou où l’équipe nationale russe l’a remporté 5 à 0 contre l’Arabie saoudite. A plusieurs reprises, les caméras étaient braquées sur les dirigeants de ces deux pays qui sont parmi les premiers producteurs mondiaux de pétrole.

Il en sera effectivement question ce vendredi à une réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont l’Arabie saoudite est le membre le plus influent. La Russie et d’autres pays non membres rejoindront les discussions samedi. L’enjeu est de taille: vont-ils maintenir l’accord signé au début de l’année pour réduire l’offre du brut jusqu’à décembre ou vont-ils augmenter la production? Les marchés attendent la réponse avec impatience.

80 dollars le baril le 22 mai

Le cours du Brent à Londres a évolué jeudi à la baisse, à 73,4 dollars le baril, dans l’attente d’un compromis. Le 22 mai, il s’était approché des 80 dollars, et certains analystes voyaient la barre de 100 dollars atteinte vers la fin de l’année. «Les prix avaient grimpé non seulement parce que l’accord a été respecté par les signataires, mais aussi parce que la production au Venezuela, pays au bord du chaos, est en chute libre», a expliqué jeudi Philippe Chalmin, professeur à l'Université Paris-Dauphine et codirecteur de Cyclope, une publication annuelle qui fait autorité sur les matières premières.

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Lors de sa présentation de Cyclope 2018 jeudi à Genève, il a pronostiqué le baril à 60 dollars pour le reste de l’année. «La production américaine, notamment du pétrole de schiste, a fortement augmenté ces derniers mois, a-t-il poursuivi. Le marché sera amplement approvisionné malgré la hausse de la demande de certains pays, notamment de la Chine et de l’Inde.»

Sanctions américaines contre l’Iran

Le professeur français fait également ressortir que les marchés du charbon et du gaz liquéfié sont en pleine croissance dans le monde. En effet, la hausse du prix du pétrole ces derniers mois a incité des nouveaux acteurs à conquérir des parts de marché. Mais, à terme, ce mécanisme pousse les prix à la baisse. La Russie et l’Arabie saoudite, voulant entre autres écarter ces nouveaux concurrents, plaident pour une hausse de la production. L’Iran, l’autre grand producteur, y est opposé, estimant qu’il est déjà pénalisé par les sanctions américaines et qu'il ne pourra pas augmenter sa production.

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«Il est désormais question d’un compromis entre l’Iran et la coalition Russie-Arabie saoudite à la veille de la réunion de l’OPEP, a laissé entendre Philippe Chalmin. Dans ce cas, je table sur une augmentation de 300 000 à 400 000 barils par jour pour l’Arabie saoudite et de 200 000 à 300 000 pour la Russie.»

Selon le rapport BP Statistical Review of World Energy 2018, publié cette semaine, le monde a produit 92,6 millions de barils de pétrole par jour (b/j) l’an dernier. Les Etats-Unis occupent la première place avec 13 millions de b/j. Ils étaient suivis de l’Arabie saoudite (12 millions) et de la Russie (11,3 millions).

Toujours selon ce rapport, la consommation énergétique mondiale en 2017 (98,2 millions de b/j)a dépassé la production du fait que le calcul comprend aussi les biocarburants ainsi que des extraits de charbon et de gaz. La consommation américaine a augmenté de 1% à 19,9 millions de b/j par rapport à l’année précédente. La Chine suit avec 12,8 millions de b/j, ce qui représente une hausse de 4%.


Trump pèse sur le prix des matières premières

L’incertitude géopolitique et le spectre d’une guerre commerciale poussent les prix des matières premières agricoles à la baisse. «Ainsi, la menace de la Chine d’imposer un droit de douane sur les grains importés des Etats-Unis a fait baisser le prix du blé de 13%, du maïs de 14% et du soja de 16% en juin, note Philippe Chalmin. A présent, la Chine achète un tiers de son soja aux Etats-Unis.»

Par contre, le prix de l’acier flambe sur le marché américain du fait de la surtaxe imposée à l’importation. Il est passé à 902 dollars la tonne en mai-juin de cette année, contre 584 dollars il y a une année. Pour Philippe Chalmin, la hausse du prix ne devrait pas affecter la demande, notamment en Chine, pays qui poursuit son projet d’infrastructure «La ceinture et la route».

Enfin, en ce qui concerne les métaux non ferreux (cobalt, nickel et lithium), leur prix augmente à cause de la forte demande. Celle de cobalt devrait passer à 320 000 tonnes en 2018, contre 118 000 tonnes en 2017. La demande de lithium, indispensable dans les batteries, sera également en forte hausse.

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