Investissement

Des cartes graphiques aux hommes bioniques, la technologie entre dans une nouvelle ère

Longtemps abonné aux phases de «boom & bust», le secteur technologique est devenu mature. Les acteurs qui vont en profiter et ceux à éviter, analysés par un investisseur genevois très orienté sur la recherche

Une bulle? Quelle bulle? «La technologie n’est plus un secteur cyclique, nous nous trouvons à un point d’inflexion qui ouvre sur une période de croissance structurelle durable», lance Stefano Rodella, un gérant genevois spécialisé dans les investissements thématiques. Sa société AtonRâ s’est fait remarquer pour ses performances, son produit sur l’intelligence artificielle et la robotique a ainsi gagné 85% depuis octobre 2016, ce qui représente une surperformance de quelque 60% par rapport au Nasdaq ou au MSCI World. Avec 250 millions de francs sous gestion, AtonRâ a une approche fondée sur la recherche – son métier d’origine – et l’analyse avec un biais industriel. Sa thèse: le contenu technologique dans tous les secteurs d’activité va progresser, tandis que les barrières à l’entrée vont sans cesse être relevées.

A la base de ce scénario se trouvent l’augmentation de la puissance de calcul, obtenue grâce aux cartes graphiques de nouvelle génération, et l’expansion du stockage à distance (cloud). «Les cartes graphiques constituent une sorte d’entonnoir, le passage obligé pour l’intelligence artificielle et tous les développements technologiques qui en découlent», résume Stefano Rodella, qui collabore avec trois doctorants afin de «comprendre les bases» de ce nouveau monde technologique.

Explosion des cartes graphiques

En conséquence, AtonRâ a investi dans les deux principaux producteurs de cartes graphiques au monde, Nvidia et AMD. Deux titres multipliés par environ 8 et 7 respectivement en deux ans. Toujours dans le «hardware», des fabricants de semi-conducteurs bénéficient de l’expansion de l’internet des objets à travers la fourniture de capteurs. «Historiquement très cyclique, ce secteur affiche maintenant des cycles plus longs grâce à l’innovation et à de multiples relais de croissance», précise Brice Mari, portfolio manager chez AtonRâ.

Autre domaine favorisé par les nouvelles technologies: le paiement mobile. Sa croissance est jouée à travers les sociétés qui effectuent le back-office des transactions électroniques effectuées par carte et, de plus en plus, via smartphone. Des acteurs comme le français Worldline, l’allemand Wirecard ou l’américain Global Payments remplissent le rôle de «tuyau entre le terminal de paiement et la société émettrice de carte», résume le spécialiste.

Les fintech constituent le troisième pôle de croissance auquel croit AtonRâ. Parmi les sociétés technologiques actives dans la finance, les fournisseurs de logiciels bancaires comme Temenos et de nombreux acteurs américains fournissent des outils aux nombreuses plateformes de banques en ligne qui émergent. «Ces spécialistes des softwares ne seront pas «disruptés» à court terme, mais à un horizon plus lointain, certainement», tempère Stefano Rodella.

L’homme bionique existe déjà

AtonRâ a également lancé un certificat (la société ne gère pas de fonds pour le moment) sur le thème de la santé, mais toujours avec une composante technologique. «Dans la medtech ou la biotech, des produits qui semblaient futuristes il y a cinq ou dix ans sont devenus des réalités, poursuit le gérant. La bionique, qui réunit la biologie et l’électronique, prend plusieurs formes, à commencer par les membres artificiels.»

Ces derniers commencent à être remboursés par les systèmes de santé publics – une main bionique coûte environ 30 000 euros (35 000 francs). La médecine rejoint alors la simple comptabilité: «Les autorités préfèrent investir ce genre de sommes pour qu’un individu reste actif et continue à payer des impôts, plutôt que devoir lui verser une pension à vie», analyse encore Brice Mari.

Pour le grand public, les valeurs technologiques se résument souvent aux GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon – ou au constructeur automobile Tesla. Alors que l’indice Nasdaq des valeurs technologiques multiplie les sommets (à plus de 6460 points), ces grands noms offrent-ils toujours une bonne idée d’investissement?

«Ils demeurent intéressants car ils participent à toutes les minirévolutions technologiques, reprend Stefano Rodella. Ils ont l’atout de posséder les données des utilisateurs, une véritable mine d’or sur laquelle ils accordent en quelque sorte des concessions à d’autres entreprises qui créent de nouveaux services. Par ailleurs, leurs métiers de base – recherche sur Internet, vente à distance, etc. – continuent à bien fonctionner.»

Comme l’informatique dans les années 1980

Autre atout: même s’ils affichent un retard sur certains segments, la capacité financière des «GAFA» leur permet d’acquérir des spécialistes et d’obtenir de la croissance sur les quatre secteurs mis en avant par AtonRâ. Apple pourrait ainsi réorienter sa montre connectée vers le domaine médical, pour en faire un dispositif médical, pronostiquent les deux spécialistes.

Concernant l’action Tesla, dont le cours multiplié par dix depuis début 2013 provoque régulièrement des soupçons de bulle, «il faut commencer par analyser Tesla plus comme une société de technologie et de software avec des marges confortables à terme que comme un énième constructeur automobile. Et ensuite envisager les nombreuses applications qu’offrent ses solutions de stockage de l’électricité, qui pourraient faire de Tesla un acteur incontournable dans le domaine des services publics à l’avenir», analyse Brice Mari.

De manière plus générale, le secteur automobile «pourrait répliquer ce qu’a vécu l’industrie informatique depuis les années 1980: les gagnants ont été les professionnels du logiciel, pas les fabricants des machines, poursuit Stefano Rodella. Les GAFA pourraient fournir les softwares utilisés par les véhicules du futur, les voitures autonomes en particulier».

Enfin, à côté de ces gagnants de la technologie, plusieurs groupes d’acteurs sont à éviter pour l’investisseur, ou seraient plutôt susceptibles d’être vendus à découvert, conclut Brice Mari: les spécialistes traditionnels de secteurs profondément «disruptés» comme celui des paiements (Western Union), les fabricants de gadgets high-tech comme Fitbit ou GoPro, qui peinent à maintenir une forte croissance en l’absence de nouveaux produits très novateurs, ou encore les entreprises n’ayant pas d’avantages compétitifs suffisants (Snapchat, qui se fait copier ses fonctionnalités par Facebook).

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