Pour réduire ses propres coûts, le groupe de ventes par correspondance (VPC) Ackermann a volé au secours de son concurrent vaudois Charles Veillon, dont les pertes s'alourdissaient. Le projet de fusion entre les deux sociétés prévoit le licenciement de 160 personnes chez Veillon, qui ne conservera plus que 120 emplois, dont 80 à son siège de Bussigny. Entretien à Entlebuch (LU) avec Corneliu Sfintesco (64 ans), administrateur délégué et actionnaire majeur d'Ackermann Vente par correspondance.

Le Temps: Quand la fusion entre Charles Veillon et Ackermann sera-t-elle finalisée?

Corneliu Sfintesco: Charles Veillon doit encore prendre certaines décisions. Je pense que les choses avancent dans le bon sens. Mais la décision finale n'a pas été prise. Pour ce qui nous concerne, nous voulons au préalable nous assurer que les banques sont d'accord de financer le nouveau groupe. Nous sommes conscients du fardeau supplémentaire que cela représentera pour nous au début mais nous sommes prêts à aider Veillon dans certaines limites.

– A quel montant chiffrez-vous les coûts et les économies engendrées par le rapprochement avec Veillon?

– Selon nos calculs, 2004 sera une année de transition difficile. Mais il faut que le rapprochement exerce un impact positif sur la rentabilité en 2005. Quant aux coûts de l'opération, tout ce que je peux vous dire, c'est qu'ils représentent un montant à sept chiffres.

– Quels sont pour Ackermann les avantages de ce rapprochement?

– L'union fait la force. Un autre avantage réside dans la meilleure occupation du centre logistique dans lequel nous avons investi 100 millions de francs, et dont le taux d'utilisation devrait monter à 80% environ avec le traitement des commandes de Veillon. Cela dit, le centre travaille aussi pour d'autres clients, dont l'un des plus importants est le spécialiste des chaussures de sport Puma. Et nous sommes en discussions avec d'autres sociétés de taille équivalente pour assurer leur logistique VPC.

– Prenez-vous l'engagement de maintenir les 120 emplois restant chez Veillon dont 80 à Bussigny?

– Il faut attendre qu'un business plan précis soit établi avant de dire à chaque collaborateur quel sera son avenir dans la nouvelle organisation. Nous essayons de mettre sur pied une nouvelle entité viable. Il n'y a dès lors pas de raison de vouloir diminuer les effectifs. Mais nous ne sommes pas engagés à garantir des emplois. Seul Veillon peut prendre des engagements à ce sujet.

– Combien d'emplois pensez-vous créer ici à Entlebuch à la suite du rapprochement avec Veillon?

– Une cinquantaine dès le 1er janvier. Cela dépendra du surcroît de volume procuré par Veillon.

– Et quelle sera votre part à la nouvelle holding Regula?

– Ackermann sera majoritaire, il pourrait difficilement en aller autrement. Mais le pourcentage n'a pas encore été défini, et même si je le savais je ne vous le dirais pas.

– Les deux enseignes Ackermann et Veillon ne risquent-elles pas de se cannibaliser?

– Chacune a sa clientèle et son positionnement, Veillon subsistera donc à côté d'Ackermann. Nous voulons avoir deux enseignes très fortes. Les deux marques se recouvrent peut-être à hauteur de 20% à 30%. Il incombera à nos départements de marketing d'affiner leur positionnement. Ackermann a la chance d'être la maison de vente par correspondance la plus connue et la plus appréciée, selon des études de notoriété.

– Visez-vous encore un rapprochement avec la maison bâloise de VPC Spengler, notamment pour les achats?

– Notre porte est ouverte à Spengler, non seulement pour les achats mais aussi pour l'informatique. Un rapprochement est donc théoriquement pensable.

– Le marché suisse de la VPC est dominé par des groupes étrangers, notamment l'allemand Otto avec ses marques Heine et Jelmoli…

– En effet, Otto domine le marché suisse. Ensemble, Ackermann et Veillon devraient toutefois occuper la première place en Suisse avec une part de 20% environ du marché, devant Otto et ses marques.

– Quelle sera votre stratégie? Prévoyez-vous une offensive commune à l'étranger?

– Il n'est pas possible de conquérir l'étranger depuis la Suisse pour l'instant, soit tant que nous ne bénéficierons pas d'une libre circulation des marchandises avec l'Union européenne (UE). Tout ce qui passe par la Suisse est considéré sur le même plan que ce qui vient de Thaïlande ou de Hongkong. Chaque produit doit établir sa provenance et répondre à des critères de quotas, etc., même s'il provient de l'UE et ne fait que transiter par la Suisse. Tous ces blocages nous empêchent d'assurer des livraisons dans des délais convenables.

– Considérez-vous que la plus grande menace à votre égard provient de vos concurrents étrangers ou des chaînes de prêt-à-porter H & M et Zara?

– Ce sont les spécialistes étrangers de la VPC qui nous ont pris des parts de marché en combattant avec des armes inégales, autrement dit sans avoir de logistique, de stocks, ni d'infrastructure en Suisse et en imprimant leurs catalogues à l'étranger. Nous sommes d'ailleurs assez étonnés que certains clients acceptent d'être ainsi maltraités. Car le service à la clientèle des «vépécistes» étrangers n'est pas le meilleur, avec des délais de livraison plus longs.

– Malgré les coûts postaux dissuasifs, la VPC a-t-elle encore un avenir?

– La clientèle de la VPC a évolué. Mais ce mode d'achat offre toujours l'avantage de choisir chez soi en toute liberté et de payer plus tard.

– Quelles sont les affaires rentables et celles qui ne le sont pas dans la VPC?

– Tout ce qui concerne la maison, soit le mobilier, le linge, l'électronique de loisir et la musique sont rentables. Le plus difficile, c'est la confection et le prêt-à-porter, où les goûts des consommateurs ont évolué. Pour y répondre, notre nouveau catalogue propose d'ailleurs désormais des articles de marques comme Mexx, S. Oliver, Bandolera, etc.