Il y a un peu plus d’un an, au début de l’épidémie de Covid-19, les appels à ne plus utiliser de cash en raison des risques sanitaires se multipliaient. S’engouffrant dans la brèche, les acteurs des paiements électroniques s’étaient empressés de vanter leurs moyens de paiement sans contact, vouant aux gémonies nos bons vieux billets de banque. Même l’OMS avait recommandé d’utiliser des moyens de paiement sans contact pour limiter les risques de transmission du coronavirus, avant de nuancer ses propos.

Les billets de banque et autres pièces de monnaie allaient-ils être définitivement supplantés par les cartes de crédit et applications de paiement? Au printemps dernier, lors du premier semi-confinement, les retraits d’argent liquide aux bancomats se sont bien effondrés de 50% en Suisse, a indiqué le groupe SIX le 17 mars dernier. Sur l’ensemble de 2020, les opérations aux automates à billets ont reculé de près d’un quart (-23%). Les Suisses, comme les Européens, se sont tournés vers les paiements sans contact, via leurs cartes de crédit ou des applications dédiées.

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Interrogés en février par Moneyland.ch sur leur moyen de paiement préféré, pas moins de 73% des Suisses sondés ont cité les cartes de débit, suivi des cartes de crédit (71%) et enfin du numéraire (67%). Lors du précédent sondage en 2020, ils étaient encore 78% à ne pas pouvoir se passer de liquide.

Vers une monnaie numérique?

L’usage quotidien du cash pourrait aussi à l’avenir être limité par les Etats. Notamment pour éviter le blanchiment d’argent. Ainsi, nos voisins européens ont déjà instauré des restrictions plus ou moins sévères.

Dans l’Hexagone, il est impossible pour un commerçant d’accepter plus de 1000 euros en cash de la part d’un résident fiscal français ou d’un professionnel. En Italie, si le liquide est accepté jusqu’à hauteur de 2999,99 euros, Rome a mis en place un projet pilote de cashback en fin d’année dernière pour rembourser une partie des achats par carte de crédit et applications de paiement. Le succès a été immédiat et plus de 7,6 millions de personnes y ont souscrit. Pour l’heure, en Suisse, les paiements en espèces restent autorisés en tout anonymat jusqu’à hauteur de 100 000 francs.

Le coup de grâce pourrait venir des banques centrales elles-mêmes car, face à des initiatives comme la Libra, elles planchent sérieusement sur l’émission de monnaies numériques. A l’exemple de la Fed, qui dit étudier le scénario d’un «dollar numérique», ou de la BCE, qui a indiqué à travers sa présidente Christine Lagarde, se «tenir prête à émettre un euro numérique si cela s’avère nécessaire».

«Le paradoxe des billets de banque»

Malgré tout, le volume des billets en Suisse a fortement augmenté durant la première vague de Covid-19, affirmait Fritz Zurbrügg, vice-président de la direction générale de la Banque nationale suisse, en fin d’année dernière. Une situation qui se retrouve également dans la zone euro. La Banque centrale européenne a publié jeudi 25 mars un rapport sur le «Paradoxe des billets de banque». A savoir que, si les transactions utilisant du cash ont diminué ces dernières années, leur demande, et donc leur émission, n’a jamais été aussi grande.

L’émission de numéraire s’est ainsi intensifiée pendant la pandémie de Covid-19. Fin 2020, la valeur des billets en euros en circulation s’élevait à 1435 milliards, soit une progression de 11% par rapport à fin 2019. Un taux de croissance exceptionnellement élevé par rapport aux dix années précédentes (5% en moyenne). Les mois qui ont suivi la crise financière de 2008 ont été l’unique fois où le taux de croissance a été plus élevé.

Plus d’épargne

Comment la BCE explique-t-elle ces résultats? Comme lors des crises précédentes, les Européens épargnent davantage, poussés par une incertitude accrue et une mobilité réduite. Un constat partagé en Suisse: «Cette augmentation était due principalement à la demande de grosses coupures et témoigne d’un besoin accru de réserves de numéraire», expliquait alors Fritz Zurbrügg. Une situation encore renforcée par les taux bas proposés par les banques sur les avoirs de leurs clients.

Si le liquide tend à se faire rare dans le porte-monnaie, il pourrait bien se transformer en valeur refuge et se faire sa place dans les coffres-forts à côté des lingots d’or.