La jeune industrie suisse des casinos - elle n'a été autorisée qu'en 2003 - est en voie de maturation accélérée. En croissance de 32% en 2004, puis de 13% en 2005, l'activité ne devrait plus progresser que de 5% cette année, a estimé Adriano Censi, le président de la Fédération suisse des casinos (FSC) lors d'une conférence de presse à Berne.

L'exercice 2005 inspire encore la satisfaction: le produit brut des jeux (différence entre les sommes jouées et les gains redistribués aux clients) des 19 casinos suisses a été de 874 millions de francs, dont 484 millions ont fini dans les coffres des administrations publiques, AVS, cantons et communes. La branche est l'une des plus productives, puisque chacun de ses 2224 employés a généré une valeur ajoutée brute de 370000 francs, selon une étude réalisée par le consultant BHP à la demande de la FSC. Les employés de banque n'en produisent pas davantage malgré des rémunérations supérieures de 25% en moyenne.

Tous les casinos suisses ont progressé sauf celui de Baden. «Il souffre de la concurrence de Bâle et de Pfäffikon», commente Adriano Censi. C'est la preuve que le gâteau que se partagent les casinotiers n'est pas extensible à l'infini. En outre, les casinos suisses pourraient être bientôt gagnés par la stagnation que subissent déjà les établissements des pays limitrophes. Ceux-ci souffrent notamment de la concurrence des cyber-casinos domiciliés dans des juridictions peu contraignantes comme Gibraltar. En France, deux millions de personnes se connecteraient à ces sites internet pourtant illégaux, selon le groupe Partouche, premier exploitant européen de casinos, dont deux en Suisse (Meyrin et Crans-Montana). Une menace supplémentaire se précise. Après avoir souffert de l'ouverture des casinos helvétiques, leurs homologues frontaliers en France et en Italie préparent leur riposte. Le vieux casino de Campione, une enclave italienne sur le lac de Lugano, laissera la place cet été à un établissement flambant neuf et beaucoup plus grand. De quoi gêner ses voisins tout proches de Mendrisio et de Lugano, respectivement numéro un et numéro deux en Suisse. Quant au casino de Bâle, le numéro quatre, il devrait bientôt voir émerger un concurrent de poids à Blotzheim, en France voisine.

La clientèle frontalière est stratégique: un tiers des joueurs en Suisse sont des étrangers. L'écrasante majorité d'entre eux, 97,5%, rentrent chez eux le soir, selon la FSC.