Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

argent

Le casse-tête bancaire des frontaliers

Au 1er juillet, PostFinance va multiplier par trois les frais de compte pour ses clients étrangers. Selon les banques, les tarifs varient de 1 à 40 francs par mois pour les frontaliers. Comparatif

Le casse-tête bancaire des frontaliers

Argent PostFinance va multiplier par trois les frais de compte pour ses clients étrangers

Selon les banques, les tarifs varient de 1 à 40 francs par mois

Les travailleurs transfrontaliers ne sont pas des clients de banque comme les autres. Ils gagnent en moyenne moins que les résidents suisses, ils redoutent par-dessus tout les variations de taux de change et, surtout, leur compte courant ne reste pas rempli très longtemps. Car leur vie est ailleurs – en Allemagne, en Italie, surtout en France (52% des frontaliers en Suisse).

Ils étaient 290 412 à la fin mars: difficile d’imaginer que les banques suisses puissent totalement faire abstraction de ce public, dont les salaires représentent au bas mot 20 milliards de francs par an, selon les chiffres de l’OFS croisés avec ceux des offices cantonaux.

Les frontaliers ont besoin d’elles: si certains employeurs acceptent de virer des salaires directement sur des comptes domiciliés à l’étranger, et se chargent même des frais pour les plus généreux d’entre eux, les employeurs publics, comme les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), exigent de leurs frontaliers qu’ils aient obligatoirement un compte en Suisse.

Pour être payé, un titulaire de permis G (frontalier) devra donc ouvrir un compte salaire en Suisse, qui s’ajoutera éventuellement à un autre compte dans son pays. Les frais seront doubles, d’où l’importance pour les travailleurs transfrontaliers de surveiller ce que leur coûtent ces services.

Des hausses continues

Nous nous sommes mis dans la peau d’un nouveau frontalier devant choisir une banque lui offrant les services de base au meilleur prix. Autant le dire tout de suite: l’ampleur des différences d’un établissement à l’autre surprend. Les banques ont dû absorber d’importantes nouvelles exigences réglementaires ces dernières années, pour continuer leurs activités financières transnationales (accords fiscaux, Fatca…), et elles en répercutent le coût sur leurs clients.

Création d’équipes dédiées, vérifications accrues, accumulation de courriers administratifs: il est «de plus en plus fastidieux pour les banques de gérer la clientèle résidant à l’étranger», résume Marc Parmentier, l’expert bancaire de Comparis. Beaucoup de banques imposent donc désormais un supplément forfaitaire à leur clientèle non résidente en Suisse.

La prochaine hausse concerne les 200 000 clients domiciliés à l’étranger de PostFinance, qui devront payer 15 francs à partir du 1er juillet au lieu de 5 aujourd’hui pour l’entretien de leur compte. Une somme qui s’ajoute aux 5 francs dont ils doivent aussi s’acquitter si leur fonds de roulement est inférieur à 7500 francs.

Un choc, même s’il est moins violent que celui des clients étrangers de Credit Suisse en 2010, quand leurs cotisations sont passées de 72 francs par an à… 480, carte Maestro (facturée 50 francs, voir tableau) non comprise. Il est vrai que ces comptes sont destinés à une clientèle dite «offshore», désireuse de conseils et d’un suivi particulier, et non aux frontaliers, pour lesquels il n’existe pas de solution spécifique, tient à préciser Credit Suisse pour expliquer les différences tarifaires.

Les frontaliers indésirables?

«On a écrit à l’époque à ces banques qui ont augmenté leurs tarifs, mais clairement, c’est une clientèle qui ne les intéresse pas et qu’on veut faire partir», commente, désabusé, Jean-François Besson, du Groupement transfrontalier européen. L’argent des petits frontaliers a-t-il cessé d’intéresser la Suisse? Alors que le groupe Raiffeisen préconise des frais mensuels de 20 francs pour ceux qui ont leur domicile fiscal hors de Suisse, l’établissement du Flon à Lausanne refuse catégoriquement tout nouveau client de l’étranger, nous a-t-on dit au téléphone début juin.

Le malheur des frontaliers veut que ce soient les petits salaires qui soient les plus touchés par la hausse des frais de gestion des comptes de non-résidents suisses, tandis que les comptes florissants en sont exempts au-delà d’un certain seuil. UBS est une des rares grandes banques à encore distinguer ses «quelques dizaines de milliers» de travailleurs frontaliers de ses autres clients à l’étranger en se fondant sur un critère de rentrées mensuelles régulières supérieures à 500 francs par mois.

Eux paient 2 francs par mois la tenue de leur compte en francs suisses, contre 30 francs pour les autres clients non résidents suisses (UBS a aussi développé une offre frontalière à 10 francs par mois, plus complète, et gratuite la première année).

La BCV aussi peut se vanter d’être l’une des seules grandes banques à ne pas facturer de frais supplémentaires à ses clients travaillant en Suisse mais résidant à l’étranger: comme aux résidents suisses, la détention d’un compte courant et d’une carte de débit Maestro leur coûte 42 francs par an.

«La tarification pour la clientèle frontalière (permis G) est la même que pour les clients résidant en Suisse», explique son porte-parole. Mais la majorité des établissements bancaires ont revu à la hausse l’ensemble des frais bancaires pour clients étrangers, sans faire de distinction. A la BCGE, qui reconnaît 21 000 clients frontaliers (pour la plupart des salariés, et quelques retraités), «la tarification permet à la plupart des comptes de couvrir les frais qu’ils induisent», selon son porte-parole.

A vrai dire, il n’est pas toujours possible de comparer les tarifs des comptes bancaires en francs, beaucoup d’établissements recourant à des packages tout compris, des systèmes de fidélisation et des formules avec gratuité la première année pour séduire, selon des algorithmes qui tiennent du secret industriel. Les frais d’un compte courant dépendent aussi de son montant, de la possession d’un compte d’épargne, d’un 2e et 3e pilier, d’un patrimoine – au-delà d’un certain seuil, variable selon les établissements, les frais disparaissent, la banque se rémunérant sur d’autres postes.

Des clients de longue date ont parfois pu conserver des conditions attractives qui ne sont plus disponibles pour les nouveaux arrivés. Il convient aussi de scruter attentivement les services inclus, dont on peut, ou non, avoir besoin. Partenariats privilégiés avec des assurances, points bonus offrant des ristournes, prix des retraits dans des bancomats d’autres banques, nombre de ces bancomats, cartes de paiement, virements internationaux… Au-delà des besoins de base d’un compte pour frontalier, les options sont innombrables.

Des solutions alternatives

«Le vrai problème, c’est l’information, estime David Talerman, l’auteur du guide Travailler et vivre en Suisse, qui a lui-même travaillé dans le secteur bancaire. Les banquiers sont, comme les opérateurs de téléphonie, très forts pour que leurs offres ne soient pas comparables.» Pour lui, les frontaliers pourraient économiser quelques centaines de francs par année en surveillant leurs frais bancaires et les taux de change appliqués lors des virements.

Avoir un compte en francs et en euros, tenter la désintermédiation en passant par une plateforme de paiements multidevises comme B-Sharpe, qui promet de meilleurs taux de change, opter pour une banque opérant des deux côtés de la frontière (voir ci-dessous), il existe, selon lui, plusieurs solutions pour limiter les frais bancaires des frontaliers, pour peu que ceux-ci prennent le temps de s’informer et de comparer.

C’est d’ailleurs ce qu’a récemment recommandé aux résidents suisses cette fois le site Moneyland, selon lequel ils pourraient économiser 6 milliards de francs tous les ans en frais bancaires.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)