Le Terminal 2 E de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle devait être le «fleuron» de la société Aéroports de Paris (ADP), l'entreprise publique qui gère les plates-formes aéroportuaires de la région parisienne. Il devait lui permettre de rejoindre, voire de distancer Londres-Heathrow et Francfort au palmarès des aéroports européens. Mais la zone d'embarquement du terminal s'est effondrée sur trente-cinq mètres de long dimanche 23 mai à l'aube, provoquant la mort de quatre personnes qui se trouvaient en transit. Une cérémonie du souvenir sera organisée le 2 juin à l'aéroport.

ADP et Air France tentent désormais de limiter les conséquences de la catastrophe, dans un climat très polémique. Parce que la livraison du chantier avait été retardée en juin 2003; parce que des fissures avaient été colmatées pendant les travaux; à cause, enfin, de la personnalité contestée de l'architecte, Paul Andreu, mis en cause par ailleurs dans la construction de l'Opéra de Pékin. Une information judiciaire pour homicide involontaire, ainsi qu'une enquête administrative confiée au spécialiste des ouvrages d'art Jean Berthier par le ministre des Transports Gilles de Robien, ont été ouvertes. Les premières conclusions sont attendues dans le courant du mois de juin.

Des objectifs qui s'effondrent

Air France, qui est devenue une compagnie privée en mai lors du rachat de la néerlandaise KLM (l'Etat français ne détient plus que 44% du capital), était la principale compagnie utilisatrice du Terminal 2 E, dans le cadre de l'alliance SkyTeam avec Aeromexico, Alitalia, Czech Airlines, Delta Air Lines et Korean Air. Le terminal, opérationnel à seulement 60%, accueillait 80 long-courriers et entre 20 000 et 25 000 passagers par jour. L'objectif, à l'horizon 2007, était de 10 millions de passagers par an. Pour le principal aéroport de Paris, l'ouverture du Terminal 2 E était essentielle: Roissy est actuellement le 8e aéroport mondial et la 3e plate-forme européenne. Avec le nouveau terminal, quatre nouvelles pistes et une nouvelle tour de contrôle, il visait 850 000 mouvements d'avions par an et, dès la fin 2004, 120 mouvements par heure au lieu de 105 actuellement.

Avec le nouveau terminal, ADP visait aussi le prestige. Le nouvel équipement ultramoderne devait assurer «une meilleure reconnaissance de la clientèle Affaires et Première». Lors de l'inauguration du terminal, le 26 juin 2003, le PDG d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, avait déclaré: «Le hub, plate-forme de correspondance de Roissy, sera le plus puissant d'Europe, en avance sur Francfort et Londres.»

L'ensemble du Terminal 2 E est fermé depuis le 25 mai, à cause de craquements suspects intervenus alors que les secours étaient encore sur place. Cette fermeture durera «plusieurs mois, voire plus d'un an», affirment les responsables d'ADP. L'ensemble du terminal devra-t-il être rasé? Tout dépendra des résultats de l'enquête, mais rien n'est exclu: «Je ne sais pas si l'atteinte à notre image sera profonde ou superficielle», a confié Pierre Graff, PDG d'Aéroports de Paris, dans une interview au quotidien Le Monde.

Les passagers du Terminal 2 E sont actuellement accueillis dans les cinq autres terminaux. Pendant l'été, un certain nombre de vols pourraient êtres transférés à Orly, l'aéroport du sud de Paris, qui offre 250 000 créneaux de vols quotidiens dont seulement 203 000 ont été utilisés en 2003. Une perspective qui ne réjouit guère les riverains.

Deux autres casse-tête vont se poser: d'abord, la privatisation d'ADP, qui allait être engagée par le gouvernement. Officiellement, on ne change rien. Ensuite, l'arrivée de l'Airbus A 380, l'avion très gros-porteur dont Air France a commandé 10 exemplaires, et qui devait intégrer le Terminal 2 E fin 2006. On ne l'attend plus qu'au 1er avril 2007. Enfin, l'accident de Roissy pourrait aussi avoir, face à la concurrence de Londres, un impact négatif sur la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2012.