Entre-Temps

Pourquoi casse-t-on ses jouets?

Certains pays, à l’image de la Hongrie et de la Pologne, mènent des politiques populistes, voire nationalistes, alors même que leur économie se porte bien

Historiquement, la montée du populisme a toujours été liée à une économie défaillante. Après la Première Guerre mondiale, l’Italie n’arrivait plus à trouver du travail pour les soldats démobilisés. L’Allemagne, elle, sombra dans la dépression et l’hyperinflation. En revanche, de nos jours, les nations à la tête du populisme mondial connaissent une économie florissante. Pourquoi alors se retrancher sur soi-même et vouloir préconiser le nationalisme et le protectionnisme? Pourquoi casser ce système économique qui a donné tant de prospérité?

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Dans une étude sur le sujet, la société américaine d’investissements alternatifs Bridgewater définit le populisme comme un mélange de nationalisme et de défiance par rapport aux élites. En prenant cette définition, les mouvements populistes représentaient à peu près 40% de l’électorat en 1939. Aujourd’hui, cette proportion est de 35%. C’est sa progression qui est la plus étonnante: au début de la décennie, les mouvements populistes ne représentaient que 7% de l’électorat.

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Le paradoxe des pays gouvernés par des populistes

Dans l’entre-deux-guerres, le désespoir des peuples brisés par la dépression économique est sans doute une explication. Mais de nos jours? Les Etats-Unis connaissent une croissance annuelle de 2,8% du produit intérieur brut (PIB) et le dernier trimestre a connu un bond de 4,1%. En Europe, la Pologne est le seul pays qui n’a pas subi de récession économique ces dernières années; elle affiche aujourd’hui un taux de croissance de 5,2%. La Hongrie, qui se distingue aussi par son populisme, a un taux de croissance de 4%. Ces deux pays ont la plus forte progression économique en Europe. Et pourtant, ils prônent le nationalisme économique et politique.

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Le même phénomène renferme pourtant des causes très différentes. Aux Etats-Unis, c’est clairement l’inégalité dans la répartition de la richesse qui fait le lit du populisme. Avant la guerre, les 10% les plus riches gagnaient 45% des revenus (contre 50% aujourd’hui) et détenaient 85% de la richesse (contre 75% aujourd’hui). La conséquence a été l’élection de Franklin Delano Roosevelt sur une base électorale populiste. Et aujourd’hui, évidemment, c’est Donald Trump.

Récemment, Barack Obama pensait qu’il avait fait l’erreur de sous-estimer l’effet «tribu», le désir profond d’appartenance à un groupe. C’est peut-être ce que l’on voit en Pologne et en Hongrie. Ces pays, qui ont souvent été des grandes puissances politiques et économiques, se sont vus privés de leur identité nationale pendant l’occupation soviétique. Aujourd’hui, ils sont moins prêts que d’autres à céder de cette identité retrouvée à l’intégration européenne.

Défiance face aux élites et nostalgie d’une grandeur passée

Cependant, le populisme fait aussi son lit des défaillances économiques ou administratives. Il en est ainsi en Turquie, aux Philippines et plus récemment au Mexique. Mais, dans tous les cas, il existe une défiance profonde par rapport aux élites, qu’elles soient nationales ou internationales, et un refuge dans la nostalgie d’une grandeur passée. Le même phénomène se retrouve au Royaume-Uni avec le Brexit.

Les entreprises ont trop souvent ignoré les conséquences économiques, sociales et politiques de leur action. Pendant longtemps, la science économique était enseignée comme étant amorale, c’est-à-dire qui n’a aucune conscience du bien et du mal. Cela a créé un fossé d’incompréhension considérable avec la population.

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Cela semble changer. Récemment, Joe Kaeser, le président du conglomérat allemand Siemens, a eu le courage de reconnaître que la restructuration en cours va peut-être décevoir les investisseurs. Mais la société ne peut pas faire autrement que de tenir aussi compte des intérêts de la société en général et des employés. Quel changement!

Les errances du populisme de l’entre-deux-guerres ont conduit à une guerre militaire. Aujourd’hui, elles conduisent à une guerre commerciale. Les conséquences économiques peuvent être, selon le FMI, une réduction de 0,5% de la croissance économique mondiale.

Alors, pourquoi casse-t-on ses jouets? Selon les psychologues, il y a deux raisons essentielles: attirer l’attention sur soi et incarner un super-héros. Il est frappant de constater que ces deux caractéristiques se retrouvent presque toujours dans la personnalité des leaders populistes. En fin de compte, ce sont souvent de grands enfants: mais ça, on le savait.

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