Les pays ne sont pas tous égaux face aux catastrophes naturelles. Il en va de même pour le remboursement des dégâts et le paiement des primes. Dans son rapport annuel, le réassureur Swiss Re a estimé le coût de l'ensemble de ces catastrophes dans le monde à 38 milliards de dollars (environ 61,3 milliards de francs) en 2000, alors que ce montant était de 100 milliards en 1999 (une année record). Si l'on en croit ces statistiques, cette annonce devrait être réjouissante. Selon les propres termes de Swiss Re, le bilan 2000 est «relativement favorable».

Un paradoxe existe pourtant, étant donné que 2000 a été l'année de tous les dangers. Pluies, ouragans et tremblements de terre n'ont jamais été aussi nombreux et destructeurs qu'en cette année de fin de siècle. En tout, il y a eu 850 catastrophes recensées, soit 100 de plus qu'en 1999. Si le poids financier de ses cataclysmes a moins pesé dans les comptes de l'industrie de la réassurance, cela tient à ce qu'une montée des eaux dans la banlieue de Calcutta «coûte» relativement moins cher pour les réassureurs qu'une inondation dans les vallées alpines. Non seulement la couverture de l'assurance est moins complète dans les pays en développement, mais la valeur de l'infrastructure exposée est beaucoup plus faible.

Et les chiffres ne laissent pas de place au doute. Le coût des crues automnales de l'année passée dans les Alpes a été estimé à 5 milliards de dollars par le réassureur suisse. En revanche, la montée des eaux en août à la frontière de l'Inde et du Bangladesh, qui a tué 1200 personnes, n'aura «coûté» que 650 millions de dollars. Au Mozambique, la situation était encore plus tragique. Les pluies diluviennes des mois de mars et de février ont laissé plus d'un demi-million de sans-abri. Dans ce cas précis, seuls quelques millions de dollars sont sortis des caisses des grandes compagnies de réassurances. Mais l'eau n'est pas l'élément qui détruit le plus: le vent a fait trois fois plus de dégâts en 2000. Les toits et les arbres levés par les ouragans et les tempêtes représentent 73% de l'ensemble des coûts des catastrophes naturelles dans le monde. Le typhon Bilis, qui a traversé Taïwan en quelques heures, a provoqué des destructions estimées à plus de 300 millions de dollars.

Accidents industriels les plus coûteux

Par comparaison, Swiss Re a dû débourser 11 milliards de dollars pour les dégâts naturels dans le monde en 2000, alors que Munich Re, le numéro un du secteur, a payé près de 8 milliards. Dans un autre domaine, les explosions et les incendies provoqués par la main de l'homme ont été évalués à 1,4 milliard de dollars pour l'industrie de l'assurance. Les accidents d'avion ont quant à eux donné lieu à des remboursements de 1,3 milliard de dollars. Les explosions dans une raffinerie de pétrole du Koweït (400 millions) et dans une usine de produits chimiques américaine (300 millions) ont été les accidents les plus coûteux.

Quelques mesures timides contre le réchauffement de la planète ont bien sûr été prises lors du sommet international de La Haye. Pour de nombreuses personnes, il n'y a plus de saisons. Mais une chose est sûre, les risques climatiques et les destructions qui sont liées à ce phénomène augmentent dangereusement. L'activité de l'industrie de la réassurance et la valeur totale des remboursements annuels mesurent l'ampleur des changements du climat et de leurs coûts. «Nous devons renverser cette tendance et limiter l'impact négatif à tout prix, sans quoi les coûts vont exploser», affirme Gerhard Berz, directeur de la recherche scientifique auprès de Munich Re. Pour les pays qui sont assurés, les compagnies passeront à la caisse et les primes augmenteront pour s'adapter aux risques croissants. En revanche, les pays qui ne sont pas en mesure de mutualiser le risque de catastrophe seront plus durement exposés. Ainsi, dans le monde de la réassurance, certaines régions sont plus protégées que d'autres.