Comme à chaque fin d’année, les chiffres de la rétrocession des fonds frontaliers genevois versés aux communes de France voisine sont dévoilés (240 millions de francs pour 2012). Ils révèlent que les Rhônalpins actifs dans le canton débordent bien au-delà de la première et seconde couronne. Désormais, certains quittent leur domicile en Isère ou en Savoie et roulent 130 kilomètres, d’autres montent dans un train à la Part-Dieu à Lyon. Un exercice de pendulaire «de fond» imposé par la forte dégradation de la situation de l’emploi dans la région. Une étude que vient de publier l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) indique que Rhône-Alpes a perdu un quart de ses effectifs industriels entre 1990 et 2010, passant de 513 000 à 418 000 emplois (–24,3%). Elle demeure cependant la seconde région industrielle de France (qui au total a perdu 1,25 million d’emplois industriels en vingt ans) derrière l’Ile-de-France et loin devant les Pays de la Loire. Le textile et la métallurgie, qui représentent un poste industriel rhônalpin sur cinq en 2010, concentrent la moitié des pertes d’emplois: 40 000 ont disparu en vingt ans dans le textile, 26 000 dans la métallurgie, très présente notamment dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, département qui a perdu 13 200 emplois industriels durant cette même période. La métallurgie demeure cependant le premier employeur industriel de Rhône-Alpes, devant les industries agroalimentaires. Les très lourdes pertes dans le textile s’expliqueraient par son exposition à la concurrence des pays à faibles coûts salariaux. Malgré la perte des deux tiers des emplois du secteur, Rhône-Alpes reste la première région textile de France.

Les gains de productivité justifient également une partie du recul de l’emploi. Selon l’Insee, ils sont le résultat d’une utilisation plus intensive des machines et des techniques, toujours plus modernes, combinée à l’élévation du niveau de qualification. Ainsi, le poids des cadres a doublé en vingt ans (16,9% en 2009 contre 8,8% en 1990) et les ouvriers non qualifiés ne sont plus majoritaires (45,7% en 2009 contre 60,8% en 1990). Rentre aussi en ligne de compte l’externalisation d’activités vers les entreprises de services à faible valeur ajoutée comme le nettoyage et le gardiennage et à plus forte valeur ajoutée comme les services juridiques et comptables. Enfin, la forte concurrence internationale (pertes de parts de marché et effets des délocalisations) aurait également contribué à la baisse de l’emploi industriel. Seuls trois secteurs en ont gagné: les métiers de l’eau, des déchets et de la dépollution (+8500 emplois), les métiers de la pharmacie (+3600) et les métiers de l’industrie agroalimentaire (+2900).

En vingt ans, le paysage industriel de la région s’est modifié avec l’importance croissante de la pharmacie (14 400 emplois), au point de devenir une spécialité rhônalpine, mais aussi de l’électronique et de l’informatique (19 000 emplois). La chance de Rhône-Alpes est de demeurer une région qui exporte (47,8 milliards d’euros en 2011) et de manière très diversifiée.

Hormis l’aéronautique, les principaux secteurs exportateurs sont présents: l’automobile avec Renault Trucks, la chimie de base, les machines et équipements et la pharmacie avec Sanofi Pasteur et Merial. L’Insee ne décrit pas là une région sinistrée comme peuvent l’être certaines très au nord ou au sud-est de la France mais qui résisterait tant bien que mal aux crises.

Les lourdes pertes dans le textile s’expliquent par la concurrence des pays à bas coûts salariaux