Electricité

La centrale à gaz de Cornaux n’est pas morte

Le patron du groupe E pense que dans 10 ou 15 ans le projet de centrale, recentré sur l’objectif de stabiliser le réseau électrique, pourrait renaître

Le groupe énergétique E (Fribourg-Neuchâtel) affirme soutenir le tournant énergétique voulu par le Conseil fédéral, encore en discussion finale au parlement. «Le train est lancé. Les grandes lignes concernant les énergies renouvelables et la sortie du nucléaire sont décidées et nous voulons contribuer à la transition énergétique», a affirmé lundi Dominique Gachoud, patron du groupe E, à l’occasion de la présentation des résultats 2015, qui bouclent par un bénéfice d’exploitation (EBIT) de 99 millions de francs et un bénéfice net de 37 millions.

Bien que les nouvelles énergies renouvelables représentent moins de 2% de sa production annuelle de 1,04 milliard de kWh en 2015, le groupe E entend poursuivre dans cette voie, principalement dans le photovoltaïque et l’éolien. Il investit par exemple dans le projet neuchâtelois de la Montagne de Buttes (19 éoliennes), aussi soutenu par les Services industriels genevois, qui devrait fournir 100 millions de kWh par an. Le parc du Schwyberg (9 éoliennes) au-dessus du Lac Noir est bloqué par des oppositions devant le Tribunal fédéral.

«Nous espérons que, dans la pondération des intérêts, la nécessité de produire de l’énergie sera reconnue et pèsera davantage que la protection de l’environnement, constate Dominique Gachoud. Si ce rééquilibrage ne se produit pas, il sera très difficile de construire et d’atteindre les objectifs de la transition énergétique». Comme d’autres sociétés électriques, le groupe E, peu actif dans cette voie jusque-là, envisage aussi de s’étendre à l’étranger dans la production d’énergies renouvelables.

Dans la stratégie énergétique initiale du Conseil fédéral, rédigée après la catastrophe de Fukushima, la phase de transition de la sortie du nucléaire devait se faire grâce à quelques centrales thermiques à gaz, dont Chavalon (VS) et Cornaux (NE). Ces projets ont été abandonnés faute de rentabilité suite aux exigences de compensations financières des émissions de CO2, et surtout de l’effondrement des prix sur le marché de gros de l’électricité.

La transition énergétique, faute d’apport des centrales à gaz et d’une réalisation rapide de programmes d’équipements en énergie éolienne ou photovoltaïque, reposera donc durant de longues années sur des importations de courant.

Le permis de construire de la centrale de Cornaux, près de la raffinerie de Cressier, a été retiré en avril 2015. L’installation, devisée à 450 millions de francs, aurait produit 2 à 3 milliards de kWh soit la consommation d’un demi-million d’habitants. Dominique Gachoud estime pourtant que le projet n’est pas mort. «Nous possédons toujours le terrain, et il est très possible que dans 10 ou 15 ans le besoin de construire cette centrale se fasse sentir pour réguler et stabiliser le réseau électrique».

L’utilisation ne serait plus la même que celle prévue à l’origine. De la production directe pour une consommation permanente, on passerait à de la production souple sur demande pour équilibrer l’offre et la demande et stabiliser le réseau à certaines périodes de l’année. Le prix de cette énergie est plus cher car l’injection est exigée par l’autorité de régulation (Swissgrid). Le groupe E a ainsi remis en service, sur ordre des autorités, la centrale à gaz autrichienne de Timelkam, dont il possède 50%, qui avait été arrêtée durant un an.

Les déboires d’Alpiq, dont le groupe E possède 7,3%, ont conduit à une réduction de 64 millions de francs du bénéfice net. La société fribourgeoise n’est pas intéressée au rachat de parts dans les barrages d’Alpiq.

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