«La consommation d’électricité diminuera à moyen terme si une grande prise de conscience sur les économies d’énergie et le renouvelable a lieu. Mais, à court terme, il faudra faire face à une augmentation de la consommation.» Philippe Virdis, directeur général de Groupe E, justifie ainsi l’engagement de l’entreprise électrique fribourgeoise dans la construction d’une centrale à cycle combiné au gaz à Cornaux (NE), près de la raffinerie de Cressier.

Le projet, à l’étude depuis cinq ans, a franchi lundi une étape avec le dépôt d’une demande de permis de construire auprès des autorités communales. Sur le papier, tout est simple. Après deux ans de procédures administratives faites de levée des oppositions et d’approbation par la Confédération du dossier de compensation des émissions de CO2, les appels d’offres seront lancés. Cela débloquera un investissement de 450 millions de francs à amortir sur 25 ans, afin de produire de 2 à 2,5 milliards de kilowattheures (kWh) de courant par an, soit 1,3 fois ce que délivre la centrale nucléaire de Mühleberg.

La construction du bâtiment, surmonté d’une cheminée culminant à 60 mètres et affublé d’une imposante prise d’air d’une hauteur équivalant à trois étages, se déroulera dès 2017. Le début de l’exploitation, conçue pour couvrir les besoins de 500 000 personnes, est prévu en 2019, soit quelques années avant le dernier délai de mise hors service de la centrale nucléaire de Mühleberg.

Les centrales à gaz doivent en effet s’inscrire dans le paysage helvétique pour permettre la sortie en douceur du nucléaire envisagée par le Conseil fédéral. Dès 2020, la première centrale thermique devrait entrer en service, suivie de trois ou quatre autres pour parvenir, dès 2032, à fournir quelque 10 milliards de kWh par année. Selon le scénario de base des autorités fédérales, la part de l’électricité thermique devrait ensuite progressivement diminuer pour disparaître au-delà de 2050. Dans une cinquantaine d’années, les nouvelles énergies renouvelables et une meilleure maîtrise de la consommation devraient avoir remplacé la part du nucléaire et celle, polluante, du thermique.

«Compenser les émissions de CO2 est notre principal défi», explique l’ingénieur Laurent Ducrest, responsable de la centrale de Cornaux. 700 000 tonnes de CO2 par an devront être compensées, selon la loi, pour moitié en Suisse et pour moitié à l’étranger. «Cela représente la pollution «gratuite» de deux Airbus reliant une fois par jour New York à Zurich et retour», relativise Philippe Virdis. Il trouve la facture de la Confédération salée, soit 70 à 150 francs la tonne de CO2 en Suisse, contre 7 à 35 francs à l’étranger. Laurent Ducrest ne serait pas opposé à une solution de stockage de CO2 dans une cavité géologique étanche. «Mais ces techniques sont encore expérimentales et mieux adaptées aux centrales à charbon plus riches en CO2 pur», estime-t-il.

La décision de construire la centrale de Cornaux sera prise en 2016 sur la base de la rentabilité espérée. «Aujourd’hui, on ne la construirait pas puisque le prix de revient du courant, de 9 à 10 centimes le kWh, est supérieur au prix du marché situé à 6 ou 7 centimes», note Alain Sapin, directeur du département Energie de Groupe E. La centrale de Cornaux ne verra donc le jour que si le prix de l’électricité augmente, ou que celui du gaz diminue fortement. ö La Pologne cherche des investisseurs pour son gaz. Page 17

La décision de construire, en 2016, dépendra de la rentabilité de l’installation