Mercredi, le titre Céramique Laufon a gagné 11,5% alors que depuis le début de l'année il avait perdu près d'un tiers de sa valeur. Incontestablement les investisseurs ont été influencés par l'article du Financial Times qui affirmait dans son édition de mardi que Céramique Laufon, numéro trois de la porcelaine sanitaire en Europe, et son concurrent finlandais Sanitec s'étaient mis dacord pour examiner la possibilité d'une fusion. «Il n'y a pas, pour le moment, de négociation directe même si des discussions ont certes lieu avec les responsables Sanitec», affirme Ueli Roost, directeur général de Céramique Laufon. «Il se passe quelque chose entre les deux sociétés, sinon l'information aurait été démentie», estime pour sa part Thomas Baumann, analyste financier à la Banque Julius Bär. «Une fusion ou une coopération est tout à fait envisageable», relève également Urs Diethelm, analyste chez Vontobel.

Céramique Laufon n'a jamais caché sa volonté de renforcer sa position en cherchant à conclure des alliances ou en procédant à des acquisitions. Le problème, c'est que le leader mondial de la branche, American Standard, lui a brûlé la politesse en rachetant Armitage Shanks, le premier producteur de sanitaires en Grande-Bretagne. «Toute la branche est en pleine consolidation et nous voulons prendre part à ce mouvement», affirme Ueli Roost. Céramique Laufon n'a certainement pas le choix. «L'entreprise est trop grande pour développer une stratégie de niche et trop petite pour dégager des volumes suffisants», estime Thomas Baumann.

Depuis deux ans la société a décidé de se recentrer sur ses activités de bases, la porcelaine sanitaire qui comprend entre autres les cuvettes de toilettes et les lavabos. A fin 1997, Céramique Laufon a ainsi vendu son secteur vaisselle à ses cadres. La société bâloise a également cédé ses usines européennes de production de carreaux à l'Allemand Steinzeug Cremer & Breuer AG. Fin 1998, c'est la division terre cuite qui a été vendue au consortium belgo-autrichien Koramic/Wienerberger. Ces désinvestissements ont permis de faire baisser le surendettement de la société qui représente aujourd'hui environ 30% du capital propre. Une stratégie qui pourtant n'a pas permis de redresser pour le moment l'entreprise. En raison de provisions extraordinaires et d'amortissements considérables liés aux pertes opérationnelles des secteurs vendus, les pertes du groupe ont atteint 170 millions de francs en 1997. Pour 1998 l'entreprise espérait retrouver l'équilibre mais la crise brésilienne a durement touché Céramique Laufon, très présente sur le continent sud-américain. Résultat: en 1998, la perte consolidée devrait avoisiner les 150 millions de francs. Pour retrouver les chiffres noirs l'entreprise va poursuivre sur la voie des restructurations. «Durant les 12 prochains mois nous allons réduire de 30% à 50% notre assortiment. Environ 1400 des 8700 places de travail que compte le groupe seront également supprimées», relève Ueli Roost. Les 380 emplois qui restent encore suisses seront cependant épargnés. Le Brésil qui pourrait bien jouer un rôle déterminant ces prochains mois devrait être le plus touché par les restructurations. «40% du chiffre d'affaires de l'entreprise est réalisé au Brésil, relève Urs Diethelm. Or personne ne sait vraiment comment l'économie de ce pays va se comporter ces prochains mois.» Une appréciation que partage Martin Hüsler, analyste à la Banque Cantonale de Zurich: «Céramique Laufon est trop positionnée sur des marchés à l'avenir incertain comme le Brésil, l'Europe de l'Est ou la Russie.»

Contrairement à son concurrent helvétique, Sanitec affiche une forme resplendissante. Numéro deux du marché européen, l'entreprise finlandaise a dégagé une marge opérationnelle de 14% et réalisé un bénéfice opérationnel de 57,4 millions de dollars durant les neuf premiers mois de l'an dernier. Sanitec fait partie du groupe Metra qui produit également des moteurs de bateau et possède une division acier. Un groupe qui n'a jamais caché son intention de développer ses activités dans le domaine sanitaire. «Si des négociations s'engageaient, le groupe finlandais serait certainement en position de force», estime Martin Hüsler. Selon les spécialistes, une fusion serait cependant intéressante pour les deux sociétés. Reste à savoir si la famille Gerster, qui détient deux tiers du capital-actions de Céramique Laufon est prête à accepter de perdre le contrôle de sa société. Les analystes comme les responsables de l'entreprise en conviennent. Il se passera de toute façon quelque chose avant la fin de l'année.