La chasse aux complices présumés des dirigeants de Parmalat est ouverte. Hier, le Parquet de Milan a ainsi mis sous enquête deux réviseurs du cabinet d'audit Deloitte & Touche tandis que la nouvelle administration de Parmalat, dirigée par le redresseur d'entreprises Enrico Bondi, décidait de résilier son contrat avec la société américaine.

La veille, une décision analogue avait été prise à l'encontre du cabinet Grant Thornton, chargée de certifier les bilans de plusieurs filiales de Parmalat dont la sulfureuse Bonlat, basée aux îles Caïman. Deux réviseurs de Grant Thornton ont par ailleurs été incarcérés il y a quelques jours. Au total, vingt-cinq personnes ont été mises en examen depuis le début du scandale le mois dernier. Après la famille Tanzi et les principaux responsables de Parmalat accusés de faux en écriture et d'escroquerie, les magistrats cherchent désormais à déterminer l'ampleur des complicités dont ont bénéficié les inculpés pour creuser un trou estimé à 7 voire 12 milliards d'euros.

Comment les réviseurs n'ont-ils rien pu déceler? Pourquoi ont-ils certifié des bilans apparemment truqués? Hier soir au siège milanais de Deloitte & Touche, on avançait des explications techniques: «C'est Grant Thornton qui était chargé de réviser les comptes de Bonlat; nous ne devions que contrôler le bilan de l'ensemble du groupe Parmalat. Dès le 31 octobre, dans notre rapport semestriel, nous avons émis quelques doutes sur le fonds Epicurum (détenu par Bonlat, ndlr). Techniquement, nous n'aurions pu le faire plus tôt, ce fonds n'étant apparu qu'à la fin de l'année 2002». Et d'ajouter: «Les réviseurs ne sont pas des inspecteurs des impôts. Comment faire si on nous présente de faux documents? Il est très difficile, pour qui que ce soit, de démêler le vrai du faux».

Les banques étaient-elles au courant?

Faire la part des choses sera aussi la tâche des magistrats qui ont aussi commencé à s'interroger sur le rôle des banques. Alors que Parmalat affichait officiellement des liquidités énormes, la société a en effet multiplié au fil des années l'émission d'obligations grâce à l'aide d'instituts bancaires. Etaient-elles au courant de la situation financière réelle du groupe laitier et ont-elles en toute connaissance de cause refilé des obligations sulfureuses aux petits épargnants? «Le système des obligations était entièrement une idée des banques», a déclaré aux enquêteurs Calisto Tanzi, le fondateur de l'empire, incarcéré à Milan depuis Noël.

Au total, une quarantaine d'instituts italiens et étrangers ont émis des obligations Parmalat. Parmi eux, la Bank of America (dont l'un des anciens responsables pour l'Italie a été inculpé hier), Citigroup, UBS (lire ci-contre) ou JP Morgan Chase, qui a placé sur le marché pas moins de 1,6 milliard d'euros de titres du groupe laitier.

Des responsables de Deutsche Bank ont déjà été interrogés au cours des derniers jours en particulier pour avoir émis les dernières obligations Parmalat pour un montant de 350 millions d'euros. Interrogé par les magistrats, Luciano Silingardi, l'un des plus proches collaborateurs de Calisto Tanzi a ainsi raconté que c'est Deutsche Bank qui en avait fait la demande à l'été dernier: «A cette occasion, j'ai exprimé quelques doutes vu l'issue plutôt négative d'une précédente opération similaire, à savoir l'émission d'obligations pour 600 millions d'euros. Malgré ma perplexité, le titre a tout de même été émis et placé auprès de Deutsche Bank.» Alors que Sanpaolo Imi est engagé à hauteur de 300 millions d'euros dans l'affaire Parmalat, le président Rainer Masera a été le premier banquier italien convoqué par les juges. Mais il ne devrait pas être le seul. Déjà impliqué dans le krach de Cirio, un autre groupe agroalimentaire italien, le patron de Capitalia, Cesare Geronzi, est de nouveau au centre des questions. Avec 393 millions d'euros, sa banque est, en Italie, la plus exposée financièrement vis-à-vis de Parmalat.

Reste enfin à vérifier si le groupe de la famille Tanzi a bénéficié de complicités politiques. Durant son audition, Fautso Tonna, l'ex-directeur financier du groupe, a assuré que des pots-de-vin auraient été versés. Sans néanmoins citer le moindre nom de responsable politique, ce qui incite les enquêteurs à demeurer prudents. «On n'a pas encore vu le plus beau de l'affaire», pronostique toutefois l'ancien juge vedette Antonio Di Pietro qui ajoute: «Je suis très curieux de savoir quels sont les hommes politiques qui ont touché de l'argent du groupe Tanzi.»