«C’est allé encore plus vite que pendant le krach éclair de 2010»

Trading Mardi, le Dow Jones a perdu en une minute 136 milliards de capitalisation

Les algorithmes sont mis en cause

«J’ai vécu en direct ce qui s’est passé hier (ndlr: mardi). J’ai vu le mouvement de panique et lorsque j’ai compris son ampleur, je me suis dit que ce devait être vrai.»

Mercredi matin, ce trader genevois actif sur la bourse américaine se remet encore de ses émotions. La veille, à 13h08 (à New York) les deux grands indices de Wall Street ont subi un krach éclair. Le S&P 500 a perdu 0,9% (130 milliards de capitalisation), et le Dow Jones 145 points (136 milliards de dollars), avant de remonter d’autant en trois minutes.

La Syrian Electronic Army serait à l’origine de cette chute. Se disant proche du président El-Assad, elle revendique le piratage du compte Twitter de l’agence de presse AP, grâce auquel elle a diffusé un faux Tweet annonçant «Deux explosions à la Maison-Blanche, Obama blessé».

Très vite, «un autre trader avec lequel je corresponds avait envoyé un message pour dire que la webcam de la Maison-Blanche ne montrait aucune image de fumée. J’ai voulu valider cela sur CNN, où il n’y avait rien», poursuit l’opérateur basé à Genève. Qui explique: «Le mouvement a probablement été déclenché par les traders à haute fréquence (HF traders). Leurs programmes transforment les phrases en 0 et en 1, afin d’établir des ordres de vente ou d’achat. Chaque mot d’une phrase se voit attribuer un chiffre. La somme fournit un résultat, positif ou négatif, et déclenche une transaction.» Pour lui, «une chute de Wall Street de 1% en 1 minute, c’est un impact monstrueusement puissant. Davantage que lors du flash crash du 6 mai 2010.» Wall Street avait alors perdu plus de 700 milliards en une quinzaine de minutes.

«C’est aller bien plus vite qu’il y a trois ans», confirme Joe Saluzzi. Pour cet associé du courtier américain Themis Trading, les HF traders se sont retirés du marché, amplifiant sa chute. «Cela montre que les coupes circuits décidés ces dernières années ne servent à rien», ajoute celui qui est devenu un des grands critiques de cette finance qui envoie ses ordres en quelques microsecondes. Et de relever: «Quand j’ai vu le Tweet, je me suis dit: ils savent au premier message qu’Obama est touché? Curieux. Les machines ne se sont pas posé cette question.»

Rebaptisé «#Hash-Crash» par le site spécialisé Zero Hedge, en référence aux tags utilisés sur Twitter, l’événement de mardi «montre que les algorithmes augmentent la volatilité en période de crise», estime Benoît Lallemand, spécialiste du HFT pour l’ONG Finance Watch à Bruxelles. «La spéculation est censée mettre de l’huile dans les rouages, reprend-il. L’événement de mardi démontre que, en réalité, elle domine le marché.»

«Mardi, le marché aurait pu baisser de 5, 10 voire 20%, parce qu’il est intrinsèquement instable», juge pour sa part le Zurichois Richard Olsen. Trader à haute fréquence, spécialisé sur les devises, il affirme que «le cadre actuel permet aux HF traders de doubler tous les autres investisseurs, sans jouer leur rôle d’apporteur de liquidité».

Mardi soir, la SEC a indiqué vouloir établir si les pirates informatiques avaient essayé de manipuler le marché.

«Leurs programmes transforment les phrases en 0 et en 1, afin d’établir des ordres de vente ou d’achat»