Souvent utilisées pour justifier la progression continue des indices boursiers – à 84 000 milliards de dollars, la capitalisation mondiale a triplé depuis 2009 –, les politiques accommodantes des banques centrales fêteront bientôt leurs dix ans. L’économie va bien et la reprise est aujourd’hui globale: en témoignent les indicateurs de confiance et les prévisions du FMI, pour qui le nombre de pays en récession passera en 2018 sous la barre des dix, un chiffre inconnu depuis quarante ans.

Les stratégies de sortie de ces politiques sont en conséquence au centre de toutes les attentions. Celles de la Fed et de la BCE sont enclenchées. La première hausse de taux date de deux ans déjà aux Etats-Unis et le rythme d’achats d’actifs amorce son recul en Europe, après avoir représenté jusqu’à sept fois les émissions nettes de la zone!

De ce point de vue, le Japon constitue probablement un excellent sujet de réflexion. Fin 2017 encore, les marchés estimaient que la banque centrale nippone serait la dernière à resserrer sa politique monétaire, «si elle la resserrait un jour». En cause, l’implacable déclin de sa population (moins un million de personnes depuis le pic de 2008), la faiblesse induite de sa croissance potentielle et son état de quasi-déflation des dernières années.

Sortie de déflation

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. En effet, la Banque du Japon n’a pas encore parlé de sortie mais, in fine, les «Abenomics» et la politique monétaire ont bien conjointement agi comme un véritable womanizer des marchés. Des marchés financiers, grâce à la baisse du yen et à l’envolée des profits: le Nikkei affiche la plus forte hausse des douze derniers mois parmi les grands marchés développés pour s’établir à son plus haut depuis novembre 1991. Mais aussi du marché du travail, reflet de l’économie réelle, grâce au retour en force des femmes, dont le taux de participation à l’emploi est lui aussi au plus haut depuis 1997. Certes l’inflation, en particulier celle des salaires, reste faible. Mais les revenus progressent en masse et M. Kuroda, le gouverneur de la banque centrale, a en réalité déjà parlé. C’était mi-2016. Et il avait annoncé à cette époque que le Japon était sorti de déflation.

Que se passerait-il si, contre toute attente, la Banque du Japon devenait plus explicite sur sa stratégie de sortie, laissant le marché imaginer qu’elle deviendrait dès 2018 l’acteur marginal d’une bascule entre expansion et réduction de la liquidité mondiale? Nul doute que les néons de Ginza clignoteraient bientôt comme autant de signaux d’alerte d’une fin de partie de flipper dont la bille n’a jamais voulu sortir du jeu depuis 2009.