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C’est une crise de faiseurs de médias et non une crise de l’offre médiatique

OPINION. Pour Serge Reymond, directeur des médias payants de l’éditeur Tamedia, «les médias produits de manière professionnelle ont une vraie chance de se distinguer de la masse»

Cette opinion est une réponse à une analyse rédigée par le rédacteur en chef du Temps Stéphane Benoit-Godet et publiée le 8 juillet 2018.

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La branche des médias est au cœur d’une période de transformation sans précédent. Tamedia, acteur majeur du paysage médiatique suisse, n’y échappe pas. Afin de faire face à la baisse massive des recettes publicitaires enclenchée depuis plusieurs années, Tamedia a notamment réorganisé ses rédactions en Suisse romande et alémanique au début de cette année.

Au vu des nombreuses remarques de nos lectrices et lecteurs et des observateurs de la branche, ce changement a été accueilli positivement. De manière générale, Tamedia investit durablement, avec prévoyance, et fournit à ses journalistes davantage de ressources et d’opportunités que tous les autres groupes de médias en Suisse.

Nous croyons en l’avenir des médias et investissons ainsi dans le journalisme numérique et le développement de l’infrastructure technologique afin d’élargir notre offre pour nous adapter aux nouveaux modes de consommation des lecteurs. Nous soutenons le changement culturel interne et la formation continue de nos collaborateurs dans les domaines d’avenir comme le data journalisme, les enquêtes et le storytelling. Les contenus produits doivent apporter aujourd’hui une valeur ajoutée et l’expérience utilisateurs doit sans cesse être améliorée. Sur le marché publicitaire, élément clé pour tout acteur de la branche, la reprise du groupe Goldbach et notre participation majoritaire dans Neo Advertising vont nous permettre de proposer une offre globale à 360 degrés à nos annonceurs et partenaires, qui profitera à l’ensemble de nos médias.

Se distinguer de la masse

Concrètement, les articles à valeur ajoutée, Abo +, les nouveaux designs de nos sites de news, les nouveaux e-papers, le développement très positif de nos abonnements numériques payants sur mesure, soit une augmentation de 98% depuis le début de l’année, des investissements dans le nouveau webshop pour une meilleure expérience utilisateurs, la production de vidéos génératrices d’abonnements sont autant d’exemples d’investissements réalisés ou à venir au sein de Tamedia. Par ailleurs, afin que nos journalistes et nos spécialistes puissent se concentrer sur un travail de qualité, nous avons développé à l’interne Tadam, un outil utilisé par notre agence Sport-Center pour traiter le flux d’informations sportives en temps réel, et nous misons sur l’intelligence artificielle pour les archives photos.

Le bouleversement en cours ne provoque pas une crise des médias, il déclenche plutôt une crise de faiseurs de médias. Mais les médias produits de manière professionnelle ont une vraie chance de se distinguer de la masse, d’offrir à leurs lecteurs une vision d’ensemble et d’aller au-delà d’une information superficielle. Pour cela, ils doivent absolument être crédibles. C’est la qualité de leurs contenus qui va leur permettre d’être légitimes.

Chaque jour, nous sommes témoins du fait que le public apprécie nos prestations et en a besoin. Que le journalisme de qualité est irremplaçable. Chaque jour, ce sont 3 millions et demi de personnes qui lisent un journal, et parmi elles, neuf sur dix considèrent que les journaux sont la principale source d’information. C’est un constat, les journaux restent l’épine dorsale de la formation des opinions démocratiques dans une Suisse fédéraliste.

Constat réjouissant

Certains acteurs et observateurs des médias dressent un tableau très sombre de la situation. Redoutant que les médias ne puissent plus assumer leur fonction essentielle dans une démocratie, ils font appel à l’aide publique. Dans le même temps, l’offre médias est plus riche que jamais et elle ne cesse de se développer. Des sources d’information locales, régionales, nationales et internationales toujours plus qualitatives sont à disposition des citoyennes et citoyens. L’offre dépasse ainsi largement la capacité d’assimilation d’une personne, quel que soit son niveau de curiosité.

C’est sur la base de ce constat plutôt réjouissant pour notre branche que nous construisons l’avenir de notre groupe. Nous sommes confiants et fiers de notre capacité d’adaptation dans cette phase de transformation certes délicate. Nous faisons ainsi fi des critiques non constructives et de certains acteurs de la branche toujours prompts à donner des leçons.

Tamedia continuera d’investir dans de bonnes conditions de travail et de nouveaux projets. Grâce à nos contenus et notre volonté de changement, nous sommes dans de bonnes dispositions afin de relever les défis liés à la transformation de notre métier.

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