Dresdner Bank, qui appartient à l'assureur Allianz, a vécu récemment d'importants changements suite à l'arrivée d'un transfuge de Deustche Bank, Herbert Walter, à son siège de Francfort. Ces changements vont-ils influencer sa succursale, installée depuis 1984 à Genève? A priori, cela ne devrait pas être le cas. Malgré trois années difficiles, Dresdner Bank a réussi à augmenter légèrement ses avoirs sous gestion de 0,5% à fin 2002 pour son antenne genevoise. Au niveau suisse, ses avoirs n'ont régressé que de 4,6% et son résultat net après impôts a augmenté de 13%. Mais comme toutes les banques de la place financière genevoise, la troisième banque allemande doit faire face aux mauvaises performances boursières. Entretien avec Pierre Michel, directeur de la succursale de Genève et du private banking.

Le Temps: Déjà plus d'un millier d'emplois ont été supprimés dans les banques de la place. Comment voyez-vous l'année 2003 pour Dresdner Bank à Genève?

Pierre Michel: Depuis l'an dernier, nous avons stabilisé nos effectifs. En 2002, nous avons réduit nos activités sur certains marchés, comme celui de la Scandinavie. Nous sommes dans une situation où nous pouvons envisager de travailler avec les ressources existantes plutôt que de réduire à nouveaux nos effectifs à Genève et à Zurich. Aujourd'hui, nous comptons un peu plus de 300 employés, dont 15 à Lugano et une cinquantaine à Genève. Notre masse sous gestion représente environ 2,5 milliards à Genève. La stratégie de diversification et de développement que nous avons pu mettre en place en Suisse, au milieu de l'année 2000, nous a permis de surmonter les années difficiles. Nous nous sommes focalisés notamment sur le Moyen-Orient, l'Amérique du Sud et les pays d'Europe de l'Est.

– De plus en plus de clients se plaignent d'une baisse de la rentabilité de leur portefeuille et s'en prennent à leur gestionnaire. Avez-vous des cas dans votre établissement?

– Nous en avons un seul à l'heure actuelle. Nous constatons qu'actuellement, davantage qu'auparavant, le gestionnaire doit être capable d'expliquer au client les risques qu'il prend.

– Comment voyez-vous l'année 2003?

– Ce sera encore une année très difficile, avec des excès dans le négatif qui correspondent aux excès positifs que nous avons vécus à la fin des années 90 – début 2000. Nous sommes probablement dans une phase de capitulation des marchés, accentuée par la présence de nombreux éléments négatifs: hausse du pétrole, crainte inflationniste, guerre non maîtrisée en Irak, situation politique tendue en Amérique du Sud, etc. Cette année remettra aussi en question la raison d'être de la Bourse, qui n'a jamais été un jeu.

– C'est-à-dire?

– La raison d'exister de la Bourse n'a jamais été pleinement comprise par le législateur. De plus, son fonctionnement a souvent été insuffisamment expliqué par les banquiers d'investissement. Elle a aussi été mal comprise par les dirigeants d'entreprises qui l'ont utilisée, trop séduits par les avantages qu'elle offrait à court terme. Or elle sert à financer les entreprises à très long terme. La Bourse a un impact direct sur la stratégie de l'entreprise et sur sa gestion.

– Votre banque d'investissement Dresdner Kleinwort Wasserstein (DrKW) a subi de plein fouet la baisse du marché des fusions-acquisitions et des introductions en Bourse. Pensez-vous qu'Allianz ait l'intention de faire disparaître son nom, comme UBS l'a fait pour UBS Warburg?

– Je n'ai pas de réponse immédiate à cette question. Allianz a, d'une manière générale, maintenu le nom de ses filiales tout en synergisant les coûts. Une exception notable toutefois en Suisse: La Bernoise, Elvia et Allianz ont désormais le même nom: Allianz Suisse.

– En rachetant Dresdner Bank en 2001 pour 29 milliards d'euros, Allianz est devenu un poids lourd dans la bancassurance, tout comme Credit Suisse Group lorsqu'il a racheté Winterthur. Allianz pourrait-elle vous re-vendre?

– La logique n'est pas la même. Lorsqu'un assureur reprend une banque, il rachète une plate-forme qui lui permet de compléter son réseau commercial, d'optimiser l'administration de ses actifs financiers et d'acquérir un savoir-faire dans la gestion de ses avoirs. Ce type de transaction – qui va d'un bout à l'autre de la chaîne de production – est plus compréhensible que l'inverse, soit le rachat d'une assurance par une banque.