Marchés

«Cette chute des bourses est temporaire»

Pour Gero Jung, chef économiste de la banque Mirabaud, nous ne sommes pas dans la situation de 2007, qui comportait un risque de récession. Les marchés sont seulement en train de comprendre qu'ils se sont trompés, en anticipant mal la remontée des taux 

Alors que les marchés dégringolent depuis lundi, la plupart des experts restent sereins. La chute est passagère, estime Gero Jung, chef économiste de la banque Mirabaud à Genève. Explications.

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Le Temps: D'où vient cette chute des bourses?

Gero Jung: Elle vient surtout de la crainte de hausse rapide d’inflation ainsi qu’une hausse des taux d'intérêt plus importante que prévu de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed), ce qui a engendré une hausse des taux obligataires. Il n'y a pas vraiment d'indicateurs économiques qui justifient une telle chute. C'est le marché qui anticipait peu de hausses des taux cette année, mais qui se rend compte qu'avec le communiqué de la Fed la semaine dernière et les chiffres du marché de l'emploi (y compris une hausse des salaires plus importante) meilleurs qu'attendu, il s'est peut-être trompé. 

Combien de temps cela peut-il durer? 

C'est temporaire. Il n'y a pas de risque de récession aux Etats-Unis. Au contraire, avec une croissance attendue à 5% au premier trimestre (selon la Fed d’Atlanta), des bilans des ménages solides, les chiffres sont encourageants. Nous ne sommes pas dans un scénario comme en 2007, où l'économie était au bord de la récession. Ce n'est pas le cas non plus en Europe. Il faut voir cette dégringolade comme la réaction du marché qui était mal positionné concernant les attentes d'inflation et de la Fed et qui se réajuste.

Pourtant, beaucoup disaient que les actions étaient très, voire trop élevées, et qu'il y avait un risque de bulle... 

Le marché a atteint un niveau élevé, c'est vrai. Mais si l'on tient compte de la baisse des impôts des entreprises et du stimulus qui pourrait être décidé cette année, ces valorisations des actions ne sont pas injustifiées. Je vois cela comme une correction temporaire, qui n'est pas justifiée par les fondamentaux. Ce n'est donc pas le moment de vendre, nous restons neutres, mais il est possible que nous profitions de cette baisse pour éventuellement racheter des actions plus tard.

Y a-t-il un risque que le franc s'apprécie à nouveau, en raison d'un retour de l'aversion au risque?

Pour l'instant, face au dollar, comme face à l'euro, le franc bouge très peu. Certaines monnaies dites refuges, comme le yen japonais, se sont appréciées récemment, sans qu'on atteigne des situations extrêmes. Le franc devrait rester stable. Les taux des obligations allemandes ont augmenté hier, mais c'est moins en réaction au risque ou par crainte de récession, qu'une normalisation de taux qui étaient restés trop bas. A moyen terme, l’euro devrait profiter de l’environnement bénéfique de croissance et de la normalisation des taux réels.

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