Ils étaient 1289 répartis aux trois quarts à Zurich et un quart à Genève, à sacrifier six heures du premier vrai week-end ensoleillé de la saison pour plancher le 3 juin sur les épreuves du Chartered Financial Analysts (CFA). Ce diplôme délivré depuis les années soixante par le CFA Institute, la très puissante association américaine des analystes financiers, a attiré plus de 84000 candidats à travers le monde lors de cette dernière session. Quelques jours plus tard à l'hôtel du Rhône de Genève, profitant d'une des ultimes soirées libres avant la Coupe du monde de football, le Centre suisse de formation des analystes financiers (CFPI) a fait salle comble. Au menu de cette séance d'information: convaincre les financiers genevois de l'intérêt du CIIA (souvent appelé CFPI), le diplôme décerné depuis 1992, sur agrément de la Confédération, par l'Association suisse des analystes financiers et gestionnaires de fortune (SFAA). Elle vient de l'accorder la semaine dernière à 159 professionnels.

Des accélérateurs de carrière

Qu'est-ce qui pousse chaque année toujours plus de cadres du secteur financier à renoncer à leur temps libre pour renouer avec les affres de la comptabilité, de la gestion d'actifs... et des révisions? Et à retrouver les bancs d'examens pour suer sur des questions aussi peu affriolantes que des questions de ce type: «Une approche de couverture intégrale est-elle plus appropriée qu'une approche sans couverture pour un investisseur disposant d'une structure de passif de long terme»? Les candidats évoquent des motivations variées. «J'avais soif de nouvelles connaissances. Le CFA est le meilleur papier que l'on puisse obtenir en finance», explique l'un d'entre eux. «Je souhaite évoluer au sein de mon établissement et aussi gagner plus», avance un financier qui songe à s'enrôler pour le CIIA.

De leur côté, les professionnels du recrutement sont unanimes: ces diplômes sont des accélérateurs de carrière. D'ailleurs, s'ils étaient autrefois l'apanage des seuls analystes financiers, ils séduisent dorénavant gérants de fortune, conseillers, ou encore acquisiteurs de clientèle. «Ils ne sont pas toujours exigés par les employeurs, mais constituent des atouts de taille», affirme Amelia de Kalbermatten de la société de placement Interxpert. «Mais attention, ils ne se substituent pas aux années d'expérience, qui seules permettent d'acquérir cet indispensable «feeling» des marchés», tempère-t-elle. «Les formations universitaires se sont banalisées. Ces diplômes constituent clairement un plus. En outre, ils permettent aux banques de valoriser les qualités des professionnels qu'elles emploient vis-à-vis de l'extérieur», ajoute le chasseur de têtes José Dominguez, partenaire chez Performance Consultant. C'est «une carte de visite de la banque pour tous les métiers exposés à la clientèle», confirme Fabrice Guelat, responsable de la formation chez Pictet.

En cette époque de dynamisme retrouvé sur le marché du travail, les banques n'hésitent d'ailleurs pas à promouvoir ces examens auprès de leurs troupes. «J'encourage plus que fermement tous les jeunes de mon équipe à passer un diplôme qu'il s'agisse du CFPI ou du CFA», explique ainsi Marco Curti, responsable de la recherche de la Banque cantonale de Zurich (BCZ). La BCZ a tout à y gagner. «S'il veut attirer et fidéliser les meilleurs éléments, un employeur doit offrir un bon environnement à ses analystes», ajoute-t-il. Jours de révisions, prise en charge de l'intégralité des frais d'inscription, la BCZ, comme beaucoup d'établissements, ne lésine pas et s'accommode des baisses de productivité dans les semaines précédant les examens.

Un postulant sur cinq réussit

Tous deux très appréciés, le CFA et le CIIA n'en divergent pas moins sur le fond et la forme. «Traditionnellement le CFA était plus prisé par les gérants institutionnels et le CFPI par les métiers de clientèle privée», explique Fabrice Guelat. Première distinction essentielle, le CFA est un examen «autoadministré», qui se déroule en trois niveaux requérant quelque 750 heures de travail personnel. Un investissement pour le moins ingrat: seul un postulant sur cinq finit par décrocher le papier qui lui permettra d'apposer le prestigieux acronyme CFA sur sa carte de visite. Les centres de formation plus ou moins sérieux ont beau proliférer à travers le monde, «il n'y a pas de raccourci pour l'obtenir», martèle Julien Froidevaux, cadre chez LODH et président de la Swiss CFA Society. De ce fait, pour José Dominguez, «le CFA est mieux valorisé en raison de l'engagement personnel important qu'il demande». Par contraste, les candidats au CIIA, qui s'échelonne sur deux semestres, sont encadrés par 35 semaines de cours dispensés deux après-midi par semaine. Ce temps, que l'employeur doit libérer, se double d'une préparation personnelle au moins aussi longue. Résultat, les taux de réussite avoisinent 60% au premier et au deuxième examen.

Autres forces revendiquées par le CFA: sa reconnaissance internationale, son sens pratique et l'accent mis sur l'éthique. Une préoccupation devenue centrale depuis les scandales qui ont entaché la profession d'analyste au début du siècle.

Partie des Etats-Unis, la certification se voit comme un «étalon or, offrant le spectre de connaissance le plus large qui soit». Pour certains critiques, elle aurait avant tout contribué à propager les standards américains. «Il ne faut pas se voiler la face, en finance l'influence vient des Etats-Unis. Et le comité, qui rafraîchit chaque année les programmes, fait la part belle aux étrangers», rétorque James Spellman, porte-parole du CFA Institute. Pour la première fois en mai son assemblée annuelle s'est d'ailleurs tenue hors des Etats-Unis, à Zurich. Un choix qui ne relève sans doute pas du hasard, car la Swiss CFA Society est l'une des plus importantes sociétés locales en dehors des «chapitres» fondés aux Etats-Unis.

Le CIIA s'internationalise

«Contrairement au CFA, le CIIA apporte les éléments de droit ou de fiscalité suisse et européen, explique Jean-Claude Dufournet, responsable du CFPI et directeur de la SFAA (1700 membres). Ensuite, les cours ont un contenu réellement international: nous ne voyons pas les choses uniquement sous un angle «dollar», mais considérons aussi les approches en euros, en yens, ou bien sûr en francs.» «Notre diplôme suit tout la logique think global, act local», poursuit-il. Ce diplôme jouit aussi, désormais, d'une reconnaissance élargie depuis qu'il est soutenu et promu par l'ACIIA, le réseau mondial des fédérations d'analystes rejoint en 2000 par l'association helvétique.