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Depuis sa réélection en juin, le président Erdogan, doté désormais d’un pouvoir élargi, a empêché la banque centrale turque de relever ses taux pour résorber la crise de balance de paiement que traverse le pays.
© Murat Kaynak/Anadolu Agency/Getty Images

Au cœur des marchés

A chacun son métier

Un politicien, aussi éclairé soit-il, fait rarement un banquier central compétent. L’actualité de la Turquie en atteste

L’idée de l’indépendance des banques centrales est née, dans les démocraties occidentales, au début des années 1920. En effet, les banques centrales avaient été soumises aux exigences des Etats lors du premier conflit mondial avec l’arrêt de la convertibilité en or et des besoins de financement importants. A la sortie de la Grande Guerre, pour contrer l’apparition de l’inflation causée par la monétisation de la dette publique, la volonté de séparation des pouvoirs entre l’exécutif et la politique monétaire s’est répandue (Hongrie, Autriche et Allemagne). Il aura fallu attendre encore quelques décennies (Nouvelle-Zélande: 1989; Royaume-Uni: 1997; Japon 1998; Europe et Suisse: 1999) pour que cette volonté se traduise dans les faits (la Fed américaine était devenue indépendante en 1951).

L’exemple de la Turquie

Cette évolution signifie implicitement que l’utilisation de la planche à billets n’est depuis considérée comme admissible qu’en situation de crise. C’est exactement ce qui s’est passé lors de celle de 2008. Les politiques monétaires quantitatives ont pris, sans y être contraintes, le relais des politiques économiques asphyxiées sous le poids des dettes publiques. Néanmoins, cette toute-puissance ne plaît pas à tout le monde et certains souhaiteraient réduire la marge de manœuvre des autorités monétaires. Avant d’aller plus loin dans leurs propos, ces opposants devraient regarder ce qui se passe en Turquie de plus près…

En effet, depuis le début de l’année, la Turquie traverse une crise de balance de paiement plutôt classique. Après une période de très forte croissance de l’activité, des déséquilibres (crédit, inflation, déficit de compte courant) sont apparus. Pour les corriger, un resserrement monétaire est nécessaire: il freine certes plus ou moins brutalement la croissance, mais c’est le prix minimum à payer pour résorber les excès.

Démocratie et indépendance font bon ménage

D’ailleurs, dans les épisodes précédents de tensions (en janvier 2014, puis en mai-juin de cette année), la banque nationale turque a su, déjà en opposition frontale vis-à-vis du président Erdogan, contrer les attaques en relevant significativement ses taux directeurs. Par contre, depuis la réélection du président en juin, doté désormais d’un pouvoir élargi, elle a été empêchée de faire usage de cet outil, dont l’efficacité n’est pourtant plus à démontrer.

En privant la banque centrale de son indépendance, Ankara complique sa sortie de la crise. Démocratie et indépendance font plutôt bon ménage. L’inverse est moins vrai: un politicien, aussi éclairé soit-il, fait rarement un banquier central compétent. A chacun son métier.

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