Elles sont doctoresses, ont un sourire étincelant, font les délices de la presse alémanique, et, surtout, ont désormais les moyens de leurs ambitions. Haleh et Golnar Abivardi, fondatrices de la chaîne de cliniques dentaires Swiss Smile, lauréates du Prix Veuve Cliquot en 2007, vont pouvoir accélérer leur expansion grâce à une levée de fonds. La société suédoise d’investissements EQT a annoncé mercredi sur son site internet avoir investi 44 millions de francs dans l’entreprise qui exploite 13 cliniques tant en Suisse alémanique qu’à l’étranger. Les deux femmes gardent le contrôle de la société fondée en 2002. Le fonds suédois devient quant à lui deuxième actionnaire le plus important et deux de ses représentants siégeront au conseil d’administration. Les deux sœurs, d’origine iranienne, font aussi partie du conseil, présidé par l’aînée Haleh.

Orienté haut de gamme, Swiss Smile s’arroge 28% des parts de marché au sein des chaînes dentaires du pays, selon le fonds suédois, et dispose de sa propre gamme de produits cosmétiques via une coentreprise. «EQT est le partenaire idéal. Il apporte non seulement des capitaux, mais aussi de l’expérience et des connaissances de l’industrie», selon Haleh Abivardi, citée dans le communiqué. Ce fonds? Du costaud. La société de capital-investissement est contrôlée par la famille Wallenberg, l’une des plus riches et plus puissantes de Suède. C’est aussi l’un des géants européens du private equity, gérant un portefeuille de 20 milliards d’euros. Les entreprises dans lesquelles il a investi génèrent des ventes totales de 25 milliards d’euros, selon le rapport de gestion 2012. EQT vient par ailleurs de nommer à son conseil Josef Ackermann, ancien patron de la Deutsche Bank, et actuel président de l’assureur Zurich.

Dans la transaction avec Swiss Smile, le fonds a notamment repris les actions en mains de la famille Porsche-Piëch et du gestionnaire de fortune Verium. Ces deux actionnaires étaient jusqu’ici représentés au conseil de Swiss Smile par une autre figure économique emblématique, à savoir l’ancienne patronne de Nobel Biocare, Heliane Canepa. La société d’investissements BB Biotech Ventures a également vendu ses titres Swiss Smile aux Suédois. La société, en mains de Bellevue Asset Management, affirme avoir engrangé un «substantiel bénéfice» grâce à ce désinvestissement.

EQT, avec l’entreprise des sœurs Abivardi, mise sur une consolidation du marché suisse des dentistes, qui comprend quelque 4500 praticiens. D’ici à 2020, le quart d’entre eux sera parti à la retraite. En outre, les chaînes dentaires devraient gagner toujours plus de parts de marché dans les années à venir, les patients exigeants des horaires d’ouverture flexibles, une infrastructure moderne et des standards médicaux élevés, selon EQT. L’objectif des deux sœurs, dont on ignore les éventuels projets en Suisse romande, est en quelque sorte de reproduire le modèle d’Aevis dans les cliniques privées, un secteur très atomisé. Elles entendent procéder à des acquisitions tout en développant la croissance organique.

«Cette approche n’a rien de nouveau. Les grandes manœuvres dans la branche ont déjà débuté depuis longtemps», explique le Dr Michel Sergent, fondateur d’Easylab, qui œuvre à casser les prix des traitements dentaires en Suisse. Pour preuve, la chaîne alémanique Zahnartzentrum dispose déjà de 22 cliniques dans le pays. La société envisage cette année de réaliser un chiffre d’affaires de 70 millions de francs, avec 500 collaborateurs.

Se déclarant sceptique sur le modèle d’affaires de Swiss Smile, le patron d’Easylab constate que le terme de clinique est par ailleurs souvent galvaudé et englobe des réalités très différentes. «Chez nous, nous avons jusqu’à 11 cabinets par site», selon Michel Sergent, dont le réseau compte trois cliniques en Suisse romande. Le site de Lausanne s’étend sur plus de 1000 m2 par exemple. Le patron envisage d’ailleurs de nouvelles ouvertures. Peut-être à Sion ou Fribourg. Il reconnaît que beaucoup d’argent est en jeu dans ce secteur et que cette manne suscite forcément des convoitises.

Swiss Smile s’arroge 28% des parts de marché des chaînes dentaires du pays