Lors de la présentation des bons résultats de l'exercice 2003 en février dernier, Credit Suisse Group avait averti que la conversion aux normes comptables américaines aurait pour effet d'amputer le bénéfice net de plus de 3 milliards de francs rien que pour la comptabilisation de sa filiale Winterthur. Selon les chiffres communiqués mardi, le bénéfice net de près de 5 milliards de francs annoncé en février par CS Group pour 2003 se trouve réduit comme une peau de chagrin à 770 millions de francs selon les normes américaines US GAAP. La différence s'explique bel et bien par le traitement comptable de la reprise – pour 14,7 milliards de francs – du groupe d'assurances Winterthur en 1997. La transaction avait alors été considérée comme une fusion et comptabilisée comme telle selon la méthode dite «pooling of interest» (lire encadré).

Davantage de fonds propres

Or selon les normes américaines, la reprise de la Winterthur doit être comptabilisée comme une acquisition, selon la «purchase method». Mais en raison de la dégradation du marché de l'assurance et des activités vendues par Winterthur, le goodwill (écart ou survaleur d'acquisition) a dû être réduit de 3,2 milliards de francs dans le compte de résultats de CS Group en 2003. Le changement comptable exerce en revanche un impact positif sur les fonds propres (non vérifiés) du CS Group à fin décembre 2003 puisque ceux-ci s'élèvent à 34 milliards de francs selon US GAAP, contre 31,7 milliards selon la norme helvétique.

Mais pourquoi ce changement? «Si nous adoptons les normes US GAAP en 2004, ce n'est pas parce que je suis Américain», avait assuré Philip K. Ryan, responsable des finances. C'est que la Bourse suisse exige de toutes les sociétés cotées sur son segment principal de présenter leurs comptes à partir de 2005 soit selon la norme internationale IFRS, comme le fait notamment UBS, soit selon la norme américaine US GAAP. Pour ces sociétés, le standard helvétique sera alors banni. «En tant que groupe coté parallèlement à New York, CS Group présente déjà ses résultats aux autorités boursières des Etats-Unis selon la norme américaine. Cette norme est aussi appliquée par les filiales de CS First Boston. Et comme à terme les normes comptables sont appelées à converger, le choix de US GAAP s'imposait», avait alors expliqué Philip K. Ryan. Entre-temps, CS Group a annoncé que Philip K. Ryan abandonnait ses fonctions de responsable des finances du groupe à partir du deuxième semestre 2004. C'est Renato Fassbind (49 ans) – ancien responsable des finances du groupe ABB – qui a été désigné pour lui succéder. Un choix qui avait d'ailleurs surpris la communauté financière au vu de l'expérience bancaire plus lointaine de Renato Fassbind.

Analyste auprès de la Banque Cantonale de Zurich, Christoph Ritschard se montre surpris à propos de Winterthur par des provisions supplémentaires de 400 millions de francs qu'il n'avait pas prévues, portant l'impact total négatif du groupe d'assurances à 4,3 milliards de francs en 2003. Ce qui n'empêche pas l'analyste zurichois de se montrer soulagé car «hormis l'impact de Winterthur, les ajustements comptables positifs et négatifs tendent à s'équilibrer. L'action CS Group a d'ailleurs gagné 2,5% à 44,60 francs mardi. En clair, les résultats futurs présentés par CS Group selon les normes US GAAP ne devraient pas être aussi fortement influencés par ces changements comptables que le redoutaient certains. «Je table pour l'instant sur des résultats légèrement inférieurs, de 5% environ. Mais il faut attendre les chiffres du 1er trimestre 2004 attendus le 30 avril.» Christoph Ritschard admet pourtant qu'il est trop tôt pour se faire un jugement définitif sur l'impact de ce changement au vu du nombre d'informations à digérer.

D'autres analystes s'attendent à une plus grande volatilité des résultats de CS Group pendant un certain temps, en raison de l'impact sur d'autres opérations (voir tableau ci-dessus). Mais surtout Christoph Ritschard déplore le facteur de risque et d'incertitude que représente le changement quasi simultané de méthode comptable et de responsable financier, même si, «heureusement, Philip K. Ryan ne quitte pas la banque».