La définition du mot paradigme, dans un contexte économique, est donnée par le dictionnaire Larousse comme étant un «ensemble de problèmes à étudier et des techniques propres à leur étude». De façon plus générale, l'encyclopédie en ligne Wikipédia le définit comme étant «le terme qui est employé pour décrire l'ensemble d'expériences, de croyances et de valeurs qui influencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation lui permet de définir l'environnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire d'essayer de le comprendre ou de le prévoir.»

Dans le contexte de la crise financière majeure dans laquelle nous sommes depuis le mois d'août 2007, l'industrie des produits structurés est sans doute à un tournant majeur. Certains parlent de «nouvelle donne», nous préférons quant à nous parler de changement de paradigme en observant que, finalement, certains risques extrêmes qui avaient été mis en avant par les émetteurs des produits structurés se matérialisent de façon concrète. La récente actualité a en effet malheureusement démontré que les garanties complètes ou même partielles du capital pouvaient être un leurre pour des investisseurs non initiés. Le risque de contrepartie, ou plus exactement la solvabilité de l'émetteur, se doit d'être clairement appréhendé. La faillite retentissante de la banque d'affaires Lehmann Brothers a tristement rappelé aux investisseurs que le risque de faillite d'un émetteur ne peut jamais être exclu.

L'Association suisse des produits structurés (ASPS) définit les produits structurés comme des instruments de placement qui font l'objet d'une émission publique et dont la valeur de remboursement est fonction de l'évolution d'un ou de plusieurs titres sous-jacents, soit des actions, des intérêts, des devises, ou des matières premières comme l'or ou encore le pétrole brut. L'industrie de ces produits à rendement asymétrique a véritablement eu le vent en poupe jusqu'au milieu de l'été 2007. La confiance qui régnait alors sur les marchés des actions a permis une croissance sans précédent pour les intermédiaires et émetteurs de produits structurés. Dans son rapport sectoriel du 17 octobre dernier, l'ASPS parle même, de façon presque paradoxale, de «transactions élevées dans un contexte de bourse agité». Les chiffres clés de ce rapport font état d'un total de CHF 318 milliards encore placés dans des produits structurés sur des dépôts bancaires suisses à la fin juillet 2008, contre 334 milliards au 31 décembre 2007. Si l'on compare ces chiffres aux CHF 284 milliards de décembre 2006, le constat de croissance soutenu de l'industrie des produits structurés reste toujours valable; mais peut-on véritablement parler d'une croissance pérenne et dénudée d'obstacles? Sans doute pas! Un changement de paradigme est en train de se dérouler qui permettra vraisemblablement à tout ce secteur de gagner en maturité et en stabilité. En reprenant la définition de l'ASPS, c'est le mot «émission» qui est clairement mis en exergue. Il y a quelques mois encore, l'importance de ce terme ne ressortait pas forcément aux yeux de tous les investisseurs. Désormais, le risque et la solvabilité de l'émetteur sont devenus l'enjeu d'un débat très animé et sans doute la préoccupation majeure de tout investisseur qui considère l'intégration de produits structurés à rendement asymétrique dans un portefeuille. Mais finalement, les conditions-cadres d'un tel investisseur sont somme toute restées les mêmes. Les produits structurés permettent toujours de bénéficier d'une grande flexibilité dans la gestion d'un portefeuille (allocation tactique), ou encore d'être investis dans un secteur réputé difficile d'accès (certificat). Le changement de paradigme réside dans le fait que le cadre légal qui régit les produits structurés va certainement se renforcer. En Suisse, la réglementation des produits structurés est très récente. Elle se fonde sur l'article 5 de la Loi fédérale sur les placements collectifs de capitaux (LPCC), entrée en vigueur le 1er janvier 2007, et sur l'article 4 de son Ordonnance d'application. Dans les faits, les produits structurés bénéficient d'un régime très libéral: aucune autorisation n'est requise pour l'émission et l'offre de produits structurés. La réglementation se base en fait sur la nature de l'offre, à savoir les placements privés et l'offre au public. L'appétit des investisseurs pour plus de transparence et une gestion des risques accrues dans cette industrie va peut-être pousser le législateur à édicter une régulation encore plus stricte. Dans tous les cas, il convient toujours de considérer les produits structurés par rapport à leur valeur ajoutée dans une allocation de portefeuille, et non pas comme un simple produit «à la mode» qu'il convient d'avoir. Sur ce dernier aspect, la crise actuelle n'a fait que souligner ce point et l'importance d'en comprendre tous les mécanismes!