Au cœur des marchés

Changement de politique à l’horizon

CHRONIQUE. La probable nomination de l’allemand Jens Weidmann à la tête de la Banque centrale européenne en 2019 pourrait entraîner une normalisation plus rapide des taux directeurs, dès le deuxième semestre 2019

Après la passation de pouvoir entre Janet Yellen et Jerome Powel à la tête de la Fed, les investisseurs devraient tourner leur regard vers le Vieux Continent.

La Banque centrale européenne (BCE) se prépare, elle aussi, à un changement de génération, mais de plus grande ampleur. En effet, la majorité de son directoire quittera la BCE d’ici à l’année prochaine. Il s’agit de personnalités importantes telles que son économiste en chef Peter Praet, le membre français Benoît Cœuré, le vice-président Vitor Constâncio ou encore, et surtout, son président Mario Draghi.

Montée en puissance de l’Allemagne

Les investisseurs ont donc tout intérêt à suivre attentivement les changements au sein du directoire de la BCE, car ils pourraient entraîner une profonde modification de sa politique, à un moment où les données économiques pourraient ne plus être complètement synchronisées avec le momentum positif.

Actuellement, le poids de l’Allemagne dans le Conseil des gouverneurs de la BCE est plutôt faible en raison de la règle «une personne, un vote» (plutôt qu’une pondération en fonction du PIB). Mais, comme l’Allemagne a dernièrement soutenu l’Espagne, au détriment de l’Irlande, lors de la nomination de Luis de Guindos au poste de vice-président de la BCE, il est probable que l’Espagne soutiendra l’Allemagne pour la présidence de la BCE.

Au Conseil européen, organe de nomination pour ces élections, le poids cumulé des deux pays est de 38% et dépasse ainsi la barre des 35%, ce qui confère une minorité de blocage.

Election en avril ou mai 2019

Bien entendu, des voix supplémentaires sont nécessaires et la France semble encore indécise. Mais elle pourrait bien faire dépendre son soutien de la flexibilité de l’Allemagne dans la réforme de l’Union européenne. L’accord de la coalition allemande semble prometteur à cet égard, même s’il est encore trop tôt pour l’affirmer.

Par conséquent, le scénario le plus plausible serait qu’un Allemand, très probablement Jens Weidmann, prendra la tête de la BCE le 1er novembre 2019, avec Luis de Guindos comme vice-président. Dans ce contexte, il faut rappeler encore que, lors des votes, une grande partie du Conseil des gouverneurs de la BCE soutient généralement son président.

Si cette tendance se confirme avec Jens Weidmann aux commandes, cela pourrait entraîner, dès le deuxième semestre 2019, une normalisation plus rapide des taux directeurs. Le Conseil européen désignera vraisemblablement le président de la BCE en juin 2019, mais il sera certainement élu lors de la réunion précédente de l’Eurogroupe en avril ou en mai 2019. Un relèvement des taux plus rapide, associé à la fin du programme d’assouplissement quantitatif qui est attendu plus tard dans l’année, serait favorable à l’euro, au secteur bancaire et à une hausse des rendements obligataires dans la zone euro.

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