Claude Peny va quitter la direction générale de Patek Philippe pour prendre sa retraite, a appris Le Temps. Prévu pour 2023, son départ a été annoncé fin août aux collaborateurs et collaboratrices de l’horloger de luxe basé à Plan-les-Ouates (GE).

Afin de préparer sa succession, Laurent Bernasconi occupe depuis le 1er septembre la fonction de directeur général adjoint de la manufacture. Au sein de l’entreprise depuis dix-sept ans, cet ingénieur EPFL a notamment dirigé ces dernières années la production de l’entreprise avec 1100 personnes sous ses ordres.

Un long processus de transition

Interpellé, Claude Peny nie tout lien entre l’annonce de sa future retraite et les révélations de ces derniers mois faisant état d’un climat de travail délétère au sein de l’entreprise: «Je reste directeur général jusqu’en 2023 et dans le directoire en tout cas jusqu’en 2023. Mais j’aurai 70 ans le 8 octobre et il est normal qu’avec Philippe Stern et son fils Thierry, nous ayons commencé à nous préoccuper de ma succession.» Fondée à Genève en 1839 par Antoine Norbert de Patek et François Czapek, deux Polonais exilés, la marque Patek Philippe est entre les mains de la famille Stern depuis 1932 et revendique farouchement son indépendance.

«Si nous n’avons pas encore communiqué sur cette information à l’externe, c’est que nous pensions que c’était prématuré en raison de la longue période de transition qui est initiée, précise encore Claude Peny. Nous avons toutefois voulu informer nos collaborateurs, nos fournisseurs et nos clients pour qu’ils soient rassurés sur la stabilité du groupe sur le long terme.»

Un climat de travail jugé toxique

Pressions de supérieurs, harcèlements entre collègues ou sexisme ordinaire… Des anciens employés, mais aussi des collaborateurs actuels ont dénoncé ces derniers mois des situations de souffrance professionnelle. Des manquements et des dysfonctionnements ont été pointés du doigt dans la prise en compte des problèmes lorsqu’ils étaient signalés au service des ressources humaines ou aux supérieurs hiérarchiques.

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L’Office cantonal de l’inspection et des relations de travail (Ocirt) a demandé une première mise en conformité ce printemps, préconisant notamment des formations de sensibilisation à la thématique du harcèlement et une clarification du processus de dénonciation et de traitement des cas litigieux. En juillet, le syndicat UNIA lui a transmis une quinzaine de nouveaux dossiers. A la suite de cette deuxième salve de témoignages, la direction de Patek Philippe a présenté ses excuses par voie de communiqué de presse aux employés qui auraient pu être blessés involontairement. Deux procédures sont en cours auprès du Tribunal des prud’hommes pour licenciement abusif.

«J’ai été déçu de voir que certains de nos collaborateurs ne se sentent pas aussi bien que je le croyais», commente aujourd’hui Claude Peny, ajoutant qu’il a à cœur d’y «remédier» avant son départ. Discret, l’actuel directeur général a rejoint la prestigieuse marque horlogère en 1999 pour seconder Philippe Stern. Ancien cadre d’ABB Kraftwerk, il devait notamment assurer la transition avec son fils Thierry, aujourd’hui président du conseil d’administration de la manufacture. Une instance dans laquelle il siège également auprès des deux représentants de la famille Stern. Il se dit «à disposition» pour continuer à y œuvrer après son départ à la retraite.

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