«La formation continue est plus importante que jamais, mais, malheureusement, les personnes qui en auraient le plus besoin, c'est-à-dire celles ayant simplement suivi l'école obligatoire, sont également celles qui y accèdent le moins facilement», constate Yves Flückiger, professeur à l'Université de Genève. Auteur d'une étude commandée par l'Office fédéral de la statistique (OFS), il parvient à cette conclusion, parmi d'autres, sur la base de l'analyse des données du recensement de l'an 2000.

Changement de profession

La principale surprise provient du fort accroissement du nombre de personnes qui ont décidé, de gré ou de force, de changer de métier. Alors qu'en 1980 une personne sur trois exerçait une profession ne correspondant pas à sa formation de base, cette proportion était de une sur deux (49,7%) en l'an 2000. Ce taux de mobilité est très fort parmi les salariés membres de la direction d'une entreprise (75%), plus faible chez les femmes que chez les hommes (43% contre 55%), plus élevé parmi les universitaires (56%) que parmi les personnes sans diplôme professionnel (38%). Ce renforcement de la mobilité exige un système de formation axé sur la polyvalence et la formation continue, soulignent les auteurs de l'étude. Les nouvelles filières de maturité professionnelle, qui offrent des passerelles de l'apprentissage aux études supérieures, ainsi que le réseau de hautes écoles spécialisées (HES) vont dans ce sens.

Niveau de formation amélioré

Le niveau de formation, si l'on tient compte du diplôme obtenu et non de sa valeur finale sur le marché de l'emploi, s'est nettement amélioré. En vingt ans, la part d'universitaires a presque doublé, en passant de 9,9% à 18,3%. Cette augmentation du niveau de qualification est particulièrement marquée parmi les jeunes adultes. Vingt-sept pour cent des personnes de 35 ans ont achevé une formation tertiaire, contre moins de 15% en 1980. Logiquement, la part des personnes n'ayant aucun diplôme professionnel s'est abaissée durant cette période, de 30% à 18% dans la catégorie des 25 à 30 ans. «La population est mieux formée», résume Yves Flückiger. Serge Gaillard, économiste de l'Union syndicale suisse, partage la même analyse: «Les années 90 furent une décennie perdue en termes de croissance économique, mais pas dans le domaine de la formation. Le système a bien réagi et s'est adapté au renforcement du secteur tertiaire.»

Temps partiel

Le travail à temps partiel occupe une place de plus en plus importante. Il touche 25,9% de la population active, contre 12% en 1970. Près d'une femme sur deux travaille à temps partiel, alors que ce mode de fonctionnement professionnel concerne moins d'un homme sur dix. Ce type d'activité est nettement plus répandu dans les professions de la santé ou l'enseignement, où les femmes sont majoritaires.

Discriminations

«Pourquoi le choix de la profession est-il si différent entre les hommes et les femmes?», se demande Serge Gaillard, qui voit dans cette «anomalie» une forme de ségrégation indirectement liée au système de formation et au partage inégal des tâches ménagères et d'éducation, qui poussent les femmes vers un emploi à temps partiel. L'écart de niveau de formation entre hommes et femmes se réduit au fil des décennies, mais demeure. Plus du tiers des femmes (34,5%) ne possèdent pas de diplôme, contre moins d'un homme sur quatre (24,7%). La proportion est inversée en ce qui concerne la formation tertiaire (25,4% contre 11,5%). Aucune ségrégation notable n'a été constatée entre Suisses et étrangers. Les différences dépendent de la date d'arrivée en Suisse. Ainsi, les étrangers nés en Suisse ont le même niveau moyen de formation que les citoyens helvétiques.

Déterminismes

Le niveau de qualification est étroitement lié au risque de chômage de longue durée. L'augmentation des exigences a eu pour conséquence l'accroissement du nombre d'exclus du monde du travail, comme le relève le sociologue Hanspeter Stamm dans une étude également publiée par l'Office fédéral de la statistique. Il situe 4,8% de la population «en périphérie» en l'an 2000, contre 1,2% en 1970. «Le milieu social détermine encore fortement le niveau de formation, puisque les enfants d'universitaires ont une probabilité cinq fois plus élevée de fréquenter une haute école.»