A la mi-mars, au terme d’âpres débats, le parlement a adopté le projet de justesse. Le projet de réforme est donc sauvé pour l’instant. Reste à voir le résultat de la votation populaire du 24 septembre prochain. Si le peuple approuve la réforme, elle entrera en vigueur le 1er janvier 2018. En cas de non, on en reste au régime actuel et il faudra tout reprendre à zéro. Mais quelles seront les répercussions si les mesures proposées sont mises en vigueur?

Moins de rente du 2e pilier

La réforme prévoit la réduction de 6,6 à 6% du taux de conversion minimum de la prévoyance professionnelle. Cela signifie que si l’avoir de retraite d’un assuré de 65 ans, que nous fixerons par exemple à 500 000 francs, donne à ce jour une rente annuelle de 34 000 francs (6,8 x 500 000), il ne s’élèvera plus qu’à 30 000 francs (6,0 x 500 000) à l’avenir. Une «génération transitoire» de vingt volées annuelles devrait obtenir la garantie de son acquis. Et les rentes des personnes déjà retraitées ne seraient pas affectées.

En revanche, chaque futur rentier le sera, à raison de 12% de la part obligatoire. Cela signifie que l’avoir de vieillesse doit être d’autant plus important pour obtenir la même rente. C’est l’objectif des cotisations d’épargne plus élevées prévues ainsi que de la baisse de la déduction de coordination des 24 675 francs d’aujourd’hui à 14 100, respectivement 21 150 francs suivant le revenu (voir encadré).

Plus d’AVS pour les nouveaux rentiers

Pour compenser encore mieux la perte sur la rente du 2e pilier, les rentes AVS seront augmentées. La rente AVS maximale pour une personne augmente de 70 francs à 2420 francs, celle pour couple de 226 francs à 3751 francs. Mais seuls les nouveaux rentiers sont concernés par cette amélioration des prestations, donc pas les personnes déjà retraitées ou celles qui atteindront l’âge de la retraite avant 2018.

Les rentes améliorées seront versées pour la première fois dès 2019. En bénéficieront avant tout les personnes à bas revenu et dans une large mesure. Parce que tous les nouveaux rentiers obtiendront une hausse de rente, que leur rente de 2e pilier soit réduite ou non. Reste que, souvent, la hausse de l’AVS ne compensera pas entièrement la baisse de la rente du 2e pilier (voir tableau).

Hausse de l’âge de la retraite des femmes

L’âge de la retraite des femmes dans l’AVS et dans la prévoyance professionnelle sera élevé par paliers trimestriels de 64 à 65 ans. L’augmentation débutera avec l’entrée en vigueur de la réforme et sera achevée après trois années de transition.

Dans l’AVS, cela ne change rien aux prestations, dans la prévoyance professionnelle oui. Car vu l’âge plus élevé de l’entrée en retraite, tant la salariée que son employeur cotisent une année de plus au 2e pilier, de sorte que, à en croire l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), les rentes s’amélioreront de quelque 4%. Par ailleurs, cette adaptation confère aux femmes le droit d’être assurées jusqu’à 65 ans et, en cas de retraite anticipée, de racheter les prestations dues à l’âge de 65 ans.

Versement assoupli de la rente

Il sera possible à l’avenir de prendre sa retraite entre 62 et 70 ans, soit complètement soit de façon partielle. Ce changement concerne aussi le 2e pilier. C’est un durcissement par rapport à la situation actuelle, où l’âge de retraite le plus précoce est de 58 ans.

La TVA au secours de l’AVS

Afin de soulager les finances de l’AVS jusqu’en 2030, la TVA devra être augmentée en deux étapes: dès 2018 de 0,3% et dès 2021 de 0,3% supplémentaires. Ces coûts sont assumés par l’ensemble de la population, ce qui évite un renchérissement des coûts du travail dus à une hausse des cotisations.

A quelles répercussions faut-il s’attendre?

Même si la réforme assure la sécurité du niveau des rentes, on sait aujourd’hui déjà que les mesures prévues ne suffiront pas. L’hypothèse actuelle, selon laquelle les prestations du premier et du deuxième piliers garantissent à elles deux le niveau de vie habituel, est toujours plus remise en question.

Il faut plus de responsabilité individuelle. La prévoyance privée, qui ambitionne de compléter les prestations des deux premiers piliers, s’avère de plus en plus importante. Il importe d’identifier à temps une éventuelle perte de revenu une fois l’âge venu, afin de prendre au bon moment les mesures adéquates.

Racheter la caisse de pension: pour peu qu’il existe un potentiel de rachat et que des avoirs libres soient à disposition, cela permet d’augmenter la rente vieillesse. Exploiter les possibilités d’épargne à l’aide de la prévoyance 3a et de son régime fiscal privilégié. Travailler plus longtemps: vérifier si l’activité professionnelle peut être poursuivie au-delà de l’âge de l’AVS. Potentiel d’épargne supplémentaire: existe-t-il des postes du budget qu’il est possible de réduire (par exemple primes d’assurance ou coûts de logement)? Une analyse détaillée de la situation personnelle contribue à avoir une vue d’ensemble et à mettre en œuvre les mesures nécessaires.