Industrie

Le charbon européen c'est fini, l'acier évitera-t-il le même destin?

ANALYSE. L'acier européen traverse une nouvelle crise liée cette fois à l'impact de sa pollution. Les groupes sidérurgiques sont lancés dans une course technologique

L’acier européen est confronté à une crise existentielle. Surtout depuis le début de l’année: dumping chinois, surtaxes américaines et conjoncture morose dans l’automobile. En mai, la fusion avortée des activités sidérurgiques du conglomérat ThyssenKrupp avec Tata Steel a débouché sur la suppression annoncée de 6000 postes.

Plus récemment, British Steel a été racheté le 11 novembre dernier par le chinois Jingye, sauvant 5000 emplois. Mais Andrew Adonis, un membre de la Chambre des lords spécialiste des questions industrielles, voit ce sauveur providentiel d’un mauvais œil: «La Chine a détruit British Steel en inondant le marché d’acier à bas prix […]. Et maintenant, elle achète ce qu’il en reste pour une misère.»

A lire:  L’acier européen peine à freiner son déclin

Même en Suisse les perspectives s’assombrissent. L’aciériste lucernois Schmolz + Bickenbach est «en pleine tempête». «L’augmentation de capital annoncée est essentielle pour la poursuite des activités. Il n’y a pas d’alternative», a déclaré son directeur général Clemens Iller le 12 novembre.

En 2018, la production mondiale d’acier brut a atteint 1,8 milliard de tonnes, dont 9,3% produits dans l’Union européenne, selon l’Association mondiale de l’acier (WSA), contre près de 15% en 2008.

Le climat, nouvelle épine

En plus de ces signaux négatifs, un problème pointe, et non des moindres. Celui de l’impact environnemental du secteur. La sidérurgie est responsable de 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). A Tarente, cette pollution a des effets concrets sur la santé des travailleurs et des riverains. Le complexe sidérurgique situé au cœur de la ville serait responsable de 7500 des 11 500 décès recensés à proximité entre 2004 et 2010, selon des experts cités par la justice italienne. ArcelorMittal, numéro un mondial, a annulé le 4 novembre sa demande de rachat à la dernière minute. Le retrait italien de la protection légale contre des poursuites liées à l’environnement a précipité cette décision. L’avenir du site, mis à l’arrêt, et celui de ses 8500 travailleurs, est en suspens.

A lire:  Le secteur sidérurgique allemand traverse une période de turbulences

Il est loin, le temps où la puissance des Etats se mesurait en millions de tonnes d’acier produit et de charbon extrait. Si l’Union européenne est née sur la gestion de ces deux ressources, les gueules noires et les métallos font presque partie du passé. Du côté du charbon, la messe est dite. Les mines souterraines d’Europe occidentale ont quasiment toutes fermé: fin 2018 en Allemagne, 2015 au Royaume-Uni et 2004 en France. Les récentes préoccupations environnementales auront la peau des mines à ciel ouvert et des centrales à charbon. L’Allemagne débranchera ces dernières en 2038 au plus tard.

Alors que l’Union européenne s’est mis au défi d’atteindre la neutralité carbone en 2050, le secteur de l’acier réussira-t-il à atteindre cet objectif? Ou suivra-t-il le même destin que le charbon européen? Les entreprises ne sont pas restées passives et se sont lancées dans une véritable course contre la montre pour abaisser leurs émissions polluantes.

La technologie se fait attendre

Le numéro un du secteur ArcelorMittal s’est par exemple engagé à la «neutralité carbone» d’ici à 2050. Recyclage d’acier, génération de chaleur, réutilisation des gaz sidérurgiques, etc.: les projets se multiplient. Son site de Dunkerque doit accueillir un projet pilote de captage du CO2. Mais le recours au polluant charbon reste essentiel pour produire de l’acier.

Le graal vert pourrait résider dans l’utilisation d’hydrogène non issu d’énergie fossile comme combustible. Cette piste devrait permettre de décarboner le processus de production. Mais la technologie n’est pas prête. ArcelorMittal a indiqué que sa commercialisation serait possible d’ici dix ou vingt ans, a relaté le Financial Times en octobre.

A lire:  Les conglomérats en quête d’une seconde vie

L’«acier écologique» aura-t-il le temps de faire ses preuves alors que le monde croule sous l’acier chinois? Les préoccupations climatiques sont désormais au centre des débats, et soutenir à bout de bras ce secteur qui emploie directement pas moins de 350 000 personnes, comme le charbon en son temps, ne sera plus possible. L’idée d’une «taxe carbone aux frontières», également appelée «mécanisme d’inclusion carbone» (MIC), constitue une piste. Mais au-delà d’un protectionnisme vert, les industriels européens de l’acier ne pourront s’affranchir de solutions technologiques pérennes, et devront donc continuer d’investir. Ce que nombre de groupes sidérurgiques ne pourront pas se permettre.

Publicité