Le gaz était pressenti pour prendre le relais du mazout et du nucléaire. Le plus propre parmi les hydrocarbures, il devait faire le joint en attendant la montée en puissance des énergies renouvelables a l'horizon de 2030.

Mais à la conférence mondiale du gaz, à Amsterdam, les orateurs ont convenu les uns après les autres de leurs désillusions: le gaz naturel est trop cher pour être brûlé en grande quantité dans des centrales électriques. «C'est du gâchis», a déclaré mercredi Pierre Gadonneix, patron d'Electricité de France (EDF). Willy Bosmans, le directeur de l'association Eurogas a Bruxelles, a reconnu que le gaz n'est compétitif que si le charbon s'apprécie davantage et si les cours des quotas d'émission de CO2 remontent fortement. Ils ont chuté de moitié le mois dernier lorsque les Etats européens ont publié des rapports montrant que les quotas alloués en 2005 dépassaient les rejets de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Faire confiance au gaz

L'électricité produite à partir du gaz est actuellement quatre fois plus chère que celle obtenue avec du charbon, estime Stefan Judisch, patron de RWE Trading en Allemagne. Le Japon devrait quant à lui doubler à 18% d'ici à 2020 la part d'électricité à base de charbon, d'après Hiroshi Ozaki, directeur de Osaka Gas. «Peut-on faire confiance au gaz»? s'est-il interrogé.

En janvier dernier, un conflit sur le prix du gaz entre Moscou et Kiev a conduit à une chute des livraisons de Gazprom en Europe. Les gazoducs entre les champs de Sibérie et l'Europe occidentale passent par l'Ukraine. «La moitié des réserves de gaz naturel sont réparties dans seulement trois pays, à savoir la Russie, l'Iran et le Qatar», a souligné Noe van Hulst, de l'Agence internationale de l'énergie. Une dépendance réciproque: «Nous aussi avons besoin de l'Europe pour écouler notre gaz», s'est défendu Alexei Miller, patron de Gazprom. Le numéro un mondial du gaz a triplé à presque 11 milliards de dollars ses investissements annuels pour honorer ses livraisons à long terme, a-t-il indiqué. Mais l'un des deux nouveaux gazoducs est désormais orienté vers l'Asie, concurrençant la clientèle européenne, s'est plaint Noe van Hulst.

La confiance ne règne pas entre les clients européens et leur fournisseur russe.