Charles Pictet (59 ans) a été nommé mercredi membre de la Commission fédérale des banques (CFB) en même temps qu'une autre personne, la Genevoise Anne Héritier-Lachat (54 ans), vice-présidente de la Commission des OPA. L'associé senior de la Banque Pictet & Cie prendra ses nouvelles fonctions le 1er janvier 2005 (et non le 1er juillet comme l'indiquait mercredi par erreur le communiqué du Département fédéral des finances), mais il ne quittera complètement la banque privée que le 1er juillet prochain. Entretien.

Le Temps: La Fondation Genève Place Financière a salué le renforcement de l'influence genevoise que représente votre nomination à la CFB. Genève (3 membres sur 7) et la banque privée (2 membres) ne seront-ils pas surreprésentés au sein de la CFB?

Charles Pictet: Les banques en Suisse trouvaient simplement utile de compléter l'aéropage de la CFB par des praticiens. Nous sommes donc très reconnaissants au Conseil fédéral que l'une des deux personnes nommées vienne de la branche avec de nombreuses années de pratique. Il est en outre très difficile de trouver des femmes spécialisées dans le droit bancaire et le hasard a voulu que ce soit à Genève. Il ne faut rien y voir de plus!

– Quelles seront vos priorités?

– Je vais d'abord me livrer à un état des lieux. Il serait faux de ma part d'arriver avec des idées préconçues avant de connaître la vision des choses depuis l'autre côté de la table. Même si j'ai bien sûr une vision des affaires en tant que professionnel de la banque.

– Dans le communiqué diffusé par votre banque, vous avez mis en garde contre le handicap d'une surréglementation pour la compétitivité des banques suisses. Le secteur bancaire ne souffre-t-il pas d'autres handicaps et le modèle de la gestion de fortune offshore (clientèle non résidente) a-t-il encore un avenir?

– Il n'y a aucun doute que la banque offshore a encore un avenir. Encore que cela dépende de ce que l'on appelle banque offshore ou on shore. De plus, le problème n'est pas tant celui d'une surréglementation que celui de la rapidité de l'introduction des nouveaux règlements. A chaque fois, vous devez réunir vos collaborateurs pour leur enseigner la bonne parole. Plus la banque est grande, plus c'est difficile. Et comme c'est le siège qui détermine l'autorité de contrôle, si vous avez des filiales ou des succursales à l'étranger, vous devez aussi vous assurer qu'à l'autre bout du monde, les gens comprennent de quoi il s'agit. On ne peut pas en outre demander les mêmes règles à une banque de 10 000 employés qu'à un établissement de 200 personnes. D'ailleurs les Américains ont déjà dit que seules les grandes banques mondiales seraient soumises aux exigences de Bâle II alors que des centaines d'autres ne le seront pas.

– Selon la loi sur les banques, les membres de la direction d'une banque ne sont pas éligibles à la CFB. N'y a-t-il pas un conflit d'intérêts à y siéger avant de quitter la banque?

– Si, il y a conflit d'intérêts et nous sommes très stricts là-dessus. On ne peut pas être à la fois responsable opérationnel et gendarme. Il faut choisir son camp. Mais tout cela s'est fait si rapidement que je ne peux pas quitter la banque du jour au lendemain. D'entente avec le Conseil fédéral, il y aura donc une période de transition de six mois. Je ne serai de toute façon pas amené à intervenir dans les dossiers où il pourrait y avoir des conflits d'intérêts.

– Est-ce que vous excluez l'idée de retrouver des responsabilités opérationnelles au sein de la Banque Pictet au terme de votre mandat?

– Oui. Ce serait faux de le faire.

– Qui reprend vos responsabilités au sein de la banque?

– Le rôle d'associé senior, qui dépend du nombre d'années en fonction, sera repris par Ivan Pictet.

– Quelles ont été vos motivations pour postuler à ce poste?

– Je pense qu'il est important que des personnes qui bénéficient d'une expérience dans un domaine mettent à un moment donné celle-ci à la disposition de l'Etat. Et c'est aussi une tradition chez nous. Plusieurs anciens associés de Pictet & Cie ont été conseillers aux Etats, notamment Guillaume Pictet, mon grand-père. Pierre Lardy a lui aussi siégé à la CFB pendant huit ans.