Pas d’inversion de tendance chez Charles Vögele. Durant l’exercice 2015, le groupe de confection a creusé son déficit à 62 millions de francs, après des pertes de 11 millions en 2014 et de 30 millions en 2013. Le chiffre d’affaires du groupe a aussi chuté de 11% à 803 millions, en baisse pour la cinquième année consécutive. Celui-ci dépassait encore le milliard de francs en 2011.

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En plus de l’impact de l’abandon du taux plancher sur le marché domestique, le groupe a aussi été affecté par l’effet négatif des variations de change sur ses autres marchés. En Suisse, ses ventes ont reculé de 7,5% à 245 millions de francs, sous l’effet conjugué du tourisme d’achat et de la concurrence accrue des achats en ligne. En Allemagne, elles se sont repliées à 255 millions de francs (-12%).

Le spectre de Bata

La publication des résultats du groupe de confection intervient dans un contexte tendu pour le secteur du commerce de détail. A la mi-avril, une autre enseigne historique du paysage helvétique, le vendeur de chaussures Bata a confirmé la fermeture de ses 29 magasins en Suisse. Dans une étude consacrée au commerce de détail publiée en janvier, les experts de Credit Suisse et de la société de conseil Fuhrer & Hotz soulignaient le défi supplémentaire que représentent les ventes en ligne pour la branche. «C’est le cas en particulier pour les segments de l’habillement, du sport et de l’électronique de loisirs, où les producteurs distribuent leurs articles non seulement via le commerce de gros ou les détaillants, mais toujours plus souvent de manière directe», soulignaient les auteurs de l’étude.

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Loin d’enjoliver la situation, Markus Voegeli, le directeur de Charles Vögele, a indiqué mardi que des licenciements supplémentaires «ne sont pas un tabou». La société a déjà supprimé une cinquantaine de postes à la centrale du groupe durant les trois premiers mois de l’année. En revanche, il n’est pas question d'«une fin de parcours» pour Charles Vögele, a insisté Max Katz, le président du groupe.

Actionnariat instable

Face aux difficultés persistantes de la société, son ex-principal actionnaire, le hedge fund Teleios, a revendu en février, après un an seulement, un paquet d’actions correspondant à 15% du capital de Charles Vögele. Il a été repris par Aspen Trust, une société qui gère les actifs de Elarof Trust, le nouvel actionnaire de référence du groupe avec 15,16% du capital du groupe schwytzois. Début avril, les rumeurs à propos d’un rachat de la société avaient fait rebondir momentanément le titre. De son côté, Migros détient 4,68% du groupe depuis la mi-février. En novembre 2015, la part détenue par le géant orange dépassait les 5%, après qu’elle ait même avoisiné les 20% en avril 2014.

La direction de Charles Vögele reste optimiste dans sa capacité à redresser la société. Elle attend un résultat d’exploitation avant intérêts et amortissements (EBITDA) à nouveau positif pour 2016, tandis qu’un bénéfice avant impôts (EBIT) est escompté dès 2018. Aux yeux de son directeur, «ce n’est pas parce que les effets de change ou les conditions météorologiques ont été défavorables que les options prises sont fausses». Jeudi, l’action a chuté de 7,2% à 6,20 francs, totalisant une baisse de près de 50% en douze mois. Aux yeux des analystes de Vontobel, le «redressement visé nécessitera encore du temps».