A peine entré en vigueur, le cadre réglementaire des activités bancaires renégocié sous l'égide de la Banque des règlements internationaux et connu sous le nom de «Bâle II» est bon à jeter à la poubelle, selon Charles Wyplosz, professeur à l'institut HEID. Il tirait mercredi quelques leçons de la crise des marchés pour Avenir Suisse.

«Bâle II est mort-né», a-t-il déclaré. Ce dispositif prudentiel censé éviter les crises systémiques se montre inadapté à celle qu'a frôlée le secteur financier. Son talon d'Achille est de trop s'en remettre aux banques pour gérer les risques. S'il y a une chose que les récentes turbulences ont montrée, c'est l'échec de cette autorégulation. De plus, Bâle II répond à la complexité croissante des produits financiers par la complexité des contrôles, ce qui brouille la vue d'ensemble des risques.

Certains, aux Etats-Unis, plaident pour un retour aux règles de Bâle I en attendant de remettre l'ouvrage sur le métier. Charles Wyplosz juge la proposition «intéressante» mais pense que le scénario le plus probable est qu'on «rafistolera les plus gros trous du bateau» en attendant d'en construire un nouveau - un Bâle III donc. Le maître mot qui devrait guider les réflexions est la simplicité, ajoute le professeur.

Passant en revue les «présumés coupables» de la crise, Charles Wyplosz exonère les hedge funds et, partiellement, les banques centrales et les agences de notation. En revanche, analyse-t-il, on peut reprocher aux régulateurs de s'être «endormis», par exemple à propos des véhicules hors-bilan, dont les risques étaient connus depuis longtemps.

Trop tôt pour se réjouir

Quant aux banques, elles ont sacrifié les règles de prudence élémentaires à la recherche de rendements intenables, poussées par l'esprit moutonnier et des systèmes de bonus à revoir.

Le pire est-il passé? Charles Wyplosz pense qu'il est trop tôt pour se réjouir: la baisse immobilière n'est pas terminée, le crédit se resserre partout, et le ralentissement américain aura «forcément» des conséquences sur le reste du monde, même si elles seront moindres qu'il y a dix ans.