L’accalmie des derniers mois et la reprise des marchés boursiers ne doivent pas faire illusion. La crise de la zone euro «n’est pas terminée», a déclaré Charles Wyplosz, lors d’une conférence organisée jeudi à Genève par IAM, société spécialisée dans la gestion institutionnelle.
Le professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement observe que la situation s’est apaisée, notamment grâce aux mesures de la nouvelle équipe à la tête de la Banque centrale européenne (BCE). Elle a assuré l’été dernier être prête à tout pour préserver l’euro et s’est résolue à racheter de la dette obligataire des pays en difficulté si ces derniers demandaient de l’aide.
«La BCE a considérablement détendu la situation. Cela a permis un répit, mais qui n’est pas utilisé pour trouver une solution à la crise», a-t-il déploré. Avant d’ajouter: «Je crains que nous ne soyons dans une période de calme après une tempête, mais aussi avant une tempête.»
Pour le professeur, il n’y aura pas résolution de la crise sans retour de la croissance. Son absence rend la reprise de contrôle sur les déficits publics impossible.
Effacer l’ardoise
En outre, un effacement de la dette – partiel ou non – de certains pays est nécessaire. «L’Italie a une croissance nulle et une dette beaucoup trop élevée depuis 15 ans. Cette dernière est un héritage du passé et il n’y a pas de perspectives de reprise significative de l’activité, il faudra donc prendre en main ce problème», a-t-il expliqué. Reste la question des banques qui détiennent de plus en plus de dette de leur pays d’origine. «Il faudra une recapitalisation des banques pour éviter qu’un effacement de dette ne plonge un pays dans une crise bancaire», a-t-il soutenu.
Une telle évolution n’irait pas sans aléa moral, a reconnu l’économiste, soulignant que les pays ne seraient de ce fait pas incités à faire des efforts. D’où, selon lui, l’importance de la discipline budgétaire et de la supervision bancaire. Or, l’union bancaire européenne n’est qu’un «début de traitement très partiel».
L’Allemagne «est depuis le début de la crise prise dans un blocage». Sans dire qu’elle a complètement tort face au reste de la zone euro, elle n’a «pas été constructive». Dans le cas de l’union bancaire, par exemple, elle continue à défendre son modèle, alors qu’il ne fonctionne pas parfaitement en Allemagne.
Quoi qu’il en soit, le plus grand pays de la zone euro devra contribuer financièrement à la sortie de la crise et, plus on attend, «plus le prix à payer sera important», prévient le spécialiste.