A bientôt 59 ans, Charles-Henri Sabet s’apprête à lancer officiellement sa deuxième banque à Genève, dans le courant de l’automne. Situé dans le nouveau quartier de Pont-Rouge, l’établissement s’appelle FlowBank et veut démocratiser les services bancaires et l’investissement. Comme Synthesis, la première banque lancée par le Valdo-Egyptien à la fin des années 1990. Le trading semble être venu naturellement à Charles-Henri Sabet et, comme d’autres éléments importants de sa carrière, simplement parce que quelqu’un lui en avait parlé.

Le nom de FlowBank fait référence à un état d’intense concentration dans lequel tout paraît facile. Le flow, c’est le flux, lorsque les choses coulent facilement. C’est le cas de la conversation avec Charles-Henri Sabet, qui raconte son parcours depuis un canapé du 11e étage d’une tour flambant neuve, avec vue plongeante sur la zone industrielle de Carouge. «Le trading ne m’est pas venu tout de suite, raconte le banquier masqué pour cause de covid. Entre 18 et 27 ans, j’ai gagné ma vie en jouant au poker et au backgammon, je n’ai fait que ça, c’est possible si l’on est discipliné.»

Du calme, de la discipline

Mais pour des anecdotes sur la flambe, le bluff ou des salles de jeu enfumées, il faudra repasser. «Le jeu, c'est des maths, du calcul», lance ce descendant de commerçants égyptiens qui importaient l’essentiel des engrais chimiques pour une partie du Moyen-Orient avant d’émigrer en Suisse en 1958. «Si vous parvenez à calculer en permanence les probabilités de gagner, vous êtes capable d’accepter ou de refuser l’augmentation des enjeux et, à terme, vous sortez gagnant.» Des maths, du calme et de la discipline: on est chez un joueur raisonné. Ce qui ne l’empêche pas d’être visiblement doué: «Au bout de trois minutes, je sais si je suis plus fort que mon adversaire», affirme le champion du monde de backgammon 1985.

La recette s’applique au trading, avec quelques aménagements: «Il faut investir des montants avec lesquels on est à l’aise, s’en tenir à une stratégie et ne pas en changer tout le temps ni exagérer avec l’effet de levier [investir avec de l’argent emprunté].» On est chez un trader raisonnable.

L’investissement sur les marchés, Charles-Henri Sabet l’a découvert à travers le trésorier d’une multinationale, qui lui a parlé des changes et fait visiter une salle des marchés. «A l’époque, c’était beaucoup plus bruyant qu’aujourd’hui, des gens criaient au téléphone, ça m’a plu, j’ai commencé.» D’abord au sein de cette multinationale, puis au Crédit Agricole Genève et ensuite à la SBS.

En 1991, il lance sa propre entreprise «pour gérer mon argent et celui de quelques amis dans les changes». La Trading & Commercial Consulting passe de 1 à 30 employés en dix-huit mois et obtient une licence bancaire en 1999, d’abord pour faire de la gestion de fortune. «La banque privée était l’activité phare à l’époque, j’avais rencontré des gérants qui voulaient quitter leur banque avec leurs clients», se souvient-il. Sauf qu’il s’aperçoit assez rapidement que la gestion de fortune n’est pas exactement son truc. Et remarque l’émergence de courtiers en ligne aux Etats-Unis, qui démocratisent la bourse.

«Des sociétés comme Charles Schwab ou E-Trade donnaient accès aux marchés financiers à des conditions avantageuses, ce qui permettait aux individus d’effectuer eux-mêmes leurs investissements, et la technologie permettait de gérer le risque», analyse celui qui décide alors de reconvertir sa banque vers le négoce en ligne en 2004. Renommée Synthesis depuis l’an 2000, elle se démarque en étant la première à offrir du trading en ligne sur les changes à de la clientèle de détail privée.

Le patron ajoute au passage un élément à sa formule pour gagner: en plus des calculs et de la discipline, il faut aussi des frais bas. Ce sera une autre marque de fabrique de Synthesis, qui est cédée en 2007 au groupe danois Saxo, dont Charles-Henri Sabet devient le numéro 3. Le banquier quitte le groupe neuf mois plus tard et acquiert par la suite une plateforme de trading en ligne présente à Londres et aux Bahamas.

Quand on oriente la discussion sur les désaccords ou les personnages plus ou moins insolites qui jonchent toute carrière dans la finance, notre interlocuteur fronce un peu sa monumentale barre de sourcils, souligne simplement qu’il ne souhaite pas spécialement laver son linge sale en public, «la page est tournée». La nouvelle page, justement, c’est FlowBank, qui s’aventure sur un marché déjà bien servi, surtout par un acteur suisse romand très visible, Swissquote.

Le mot magique

Mais Swissquote ne sera pas sa cible, assure le patron d’une cinquantaine d’employés pour le moment: «Dès le lancement officiel en octobre, FlowBank va se développer au plan suisse et international, en offrant les services d’une banque ainsi qu’un accès différent à des instruments financiers grâce à une technologie que nous possédons et à nos équipes qui sont au top.» L’âge des clients – pour autant qu’il soit légal, on imagine – ou le montant qu’ils investissent «n’ont aucune importance, tout le monde aura accès aux mêmes outils».

S’il a choisi de baser sa deuxième banque à Genève, un projet qui l’occupe depuis deux ans, c’est parce que Genève et la Suisse restent une marque de confiance: «Le mot «banque suisse» est presque magique dans le monde, je l’ai encore constaté ces douze dernières années pendant lesquelles je ne vivais pas en Suisse», conclut Charles-Henri Sabet.


Profil

1961 Naissance à Lausanne.

1985 Champion de backgammon.

1989 Entame sa carrière de trader.

1999 Lance Synthesis Bank.

2020 Lance FlowBank à Genève.


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