Editorial

Le charme perdu de la globalisation

Le consensus qui unissait les élites libérales autour des bienfaits du libre-échange et de l'immigration est en train de rompre face au tsunami populiste. Un basculement qui permet d'imaginer des politiques mieux focalisées sur les perdants de la globalisation

Depuis quelques semaines, quelques mois peut-être, le vent du débat politico-économique mondial a tourné. Les uns après les autres, les pontifes du libéralisme admettent qu’une bonne partie des populations du monde développé n’a que peu ou pas profité de la globalisation. Et que cette dure réalité explique l’irrésistible ascension des populistes en Occident.

Le phénomène Trump est pour beaucoup dans cette prise de conscience tardive. Mais à côté de lui, il y a la menace du Brexit, l’Autriche et sa droite nationaliste à 50% des voix, demain peut-être Marine Le Pen en France. On ne peut plus parler d’incident isolé, la tendance de fond est générale, évidente. Il semble bien y avoir quelque chose de vérolé dans le modèle capitaliste contemporain.

Il n’y a pas si longtemps, on pouvait croire que la «destruction créative» consubstantielle à la globalisation allait profiter à tous. Le libre-échange porterait la croissance, les travailleurs licenciés du fait de la concurrence mondiale se réinventeraient, aboutissant au final à une société plus productive, plus riche, plus avancée.

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Mais il faut aujourd’hui déchanter. Depuis l’implosion de la bulle des crédits spéculatifs en 2008, la croissance des pays développés reste faible. Les salaires et le niveau de vie de certaines catégories stagnent. Surtout, la proportion des blessés ou des inquiets de la globalisation est plus importante, plus tenace qu’attendu. Les classes moyennes, voire aisées sont directement affectées. En Suisse, le vote des banquiers menacés par des frontaliers français plus jeunes et plus alertes est l’un de ceux qui ont fait triompher l’initiative de l’UDC contre l’immigration, le 9 février 2014.

Cette prise de conscience vient tard. Pendant longtemps, universitaires et médias ont majoritairement cultivé l’idée que les inconvénients de la globalisation n’étaient que broutilles face aux bienfaits massifs qu’elle apporterait. Leur changement de discours n’en est que plus spectaculaire. Et ce basculement du consensus est porteur d’espoir, de possibilités. Il ouvre à terme sur de meilleurs politiques, qui permettront de mieux redistribuer (ce mot est réhabilité aussi) les fruits abondants de la globalisation.

S’en remettre à de vieilles et mauvaises solutions toutes faites est en revanche le plus sûr moyen d’accélérer le mal. L’actuelle descente aux enfers du Venezuela montre qu’une alternative à base de dirigisme et de protectionnisme est, presque mécaniquement, pire que les méfaits qu’elle devait combattre.

Par rapport aux autres régimes, le capitalisme s’est constamment distingué par une capacité d’adaptation supérieure. Il est désormais mis au défi de se réinventer une nouvelle fois.

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