Au bout du fil, la voix est fatiguée. Théo Huguenin-Elie, président de la ville de La Chaux-de-Fonds, a passé la journée à préparer le budget 2016 de la Métropole horlogère avec ses collègues du Conseil communal.

Bulgari, Ulysse Nardin, Guillod-Gunther, Natéber… Depuis le début de l’année, les mauvaises nouvelles s’accumulent sur l’emploi horloger dans les montagnes neuchâteloises...

Théo Huguenin-Elie: Oui. Nous avons eu une avalanche d’annonces très inquiétantes avant l’été. Directement après les vacances horlogères, on entendait déjà un certain nombre de bruits et aujourd’hui, presque chaque semaine amène son lot de mauvaises nouvelles. On s’y attendait un peu, mais nous sommes un peu surpris par l’ampleur de ces mauvaises nouvelles.

Que vous disent les patrons horlogers que vous rencontrez?

C’est difficile à dire, car vous connaissez bien le sacro-saint culte du secret de l’industrie horlogère... Mais quand on rencontre certains horlogers qui acceptent de se livrer un peu, ils sont très, très inquiets. Je relève toutefois que quelques entreprises tiennent un discours rassurants. Mais il est rassurant pour leurs activités et non pour la branche de manière générale.

Quel impact cela pourrait avoir sur les finances de la Métropole horlogère, déjà en déficit de plus de 12 millions de francs?

Pour le budget 2016, en préparation, je ne peux communiquer aucun chiffre définitif. Mais comprenez bien qu’à La Chaux-de-Fonds, nous allons vers des lendemains qui seront très difficiles. Entre les comptes 2012 et le budget 2015 [ndlr: révisé suites à des erreurs de calcul], nous avons perdu 10 millions de francs de recettes fiscales.

Lire notre enquête: L’Arc jurassien redoute une nouvelle crise horlogère 

Nous pouvons en imputer une bonne moitié à la conjoncture - et quand l’on parle de conjoncture, à La Chaux-de-Fonds, on parle globalement d’horlogerie. Nous pouvons déjà dire que les chiffres 2015 définitifs seront inférieurs à ceux qui avaient finalement été budgétés. Et pour 2016, la situation va encore se dégrader. Je crois que l’on peut aujourd’hui lâcher le terme de crise économique.

Dans cette situation, on peut difficilement imaginer que la Ville fasse un geste pour ces entreprises en difficultés…

C’est comme si l’on demandait à nos sous-traitants qui sont dans une difficulté noire de venir en aide à la Ville! Nos soucis financiers sont aussi graves que les leurs. Et nos destins sont intimement liés.

Le tableau que vous peignez pour l’avenir de votre ville est très sombre...

Oui, mais tout peut également repartir très vite. Cela représente une grande difficulté de gestion. Les coups de frein sont violent, mais la reprise peut être tout autant dynamique. Pour l’instant toutefois, je dois dire que j’ai l’impression que la fin de la crise n’est pas pour demain. J’espère simplement que nos entreprises arriveront à conserver leurs capacités et compétences pour repartir le moment venu. Cette toile de sous-traitants, c’est ce qui fait la richesse extraordinaire de cette région. Et c’est pour cela que La Chaux-de-Fonds est la Métropole horlogère.