Bernard Tapie est à nouveau riche. Le Consortium de réalisation (CDR), un organisme dépendant de l'Etat français, a adressé vendredi un chèque de 198 millions d'euros (environ 320 millions de francs) aux liquidateurs de son groupe, qui s'était effondré au début des années 1990. L'argent reviendra à Bernard Tapie après déduction des impôts et des créances subsistantes.

Des estimations variées circulent sur la somme exacte que devrait toucher l'ancien ministre, qui s'est reconverti dans le théâtre après sa ruine. Certaines sources, évoquant de lourdes dettes et des frais d'avocats faramineux, parlent de 20 à 40 millions d'euros seulement.

Mais Charles-Amédée de Courson, député de droite et spécialiste des questions budgétaires, pense que Bernard Tapie pourrait récupérer jusqu'à 130 millions d'euros, moins ses frais d'avocats. «Aujourd'hui est versée une première tranche de 198 millions, mais il y en aura une seconde, d'une soixantaine de millions, qui sera versée plus tard, sans doute avant la fin de l'année», observait-il vendredi.

Quinze ans de bataille

Ce retour de fortune est le fruit de quinze ans de bataille judiciaire. En 1993, alors qu'il était au bord de la faillite, Bernard Tapie avait chargé sa banque, le Crédit Lyonnais, de vendre l'un des derniers joyaux de sa couronne, une participation dans l'équipementier sportif Adidas. Après une transaction fictive, celle-ci l'avait revendue beaucoup plus cher à un homme d'affaires domicilié en Suisse, Robert Louis-Dreyfus.

En juillet dernier, un tribunal arbitral a estimé que le Crédit Lyonnais avait manqué de loyauté envers Bernard Tapie, et accordé à celui-ci une généreuse indemnité. Le CDR doit la payer parce qu'il est chargé de solder les dettes du Crédit Lyonnais, banque nationalisée à l'époque des faits.

Mais l'exécution du verdict soulève beaucoup d'indignation, et de questions, dans le monde politique français: Bernard Tapie a-t-il bénéficié de l'appui discret de Nicolas Sarkozy? Et pourquoi la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a-t-elle à ce point manqué de combativité dans ce dossier?